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Réalité virtuelle & addiction, comment soigner ?

La réalité virtuelle nous ouvre la porte sur un nouveau monde. Elle peut aussi affecter nos capacités cognitives et notre comportement.

” C’est un adolescent comme les autres.
Il dépasse d’une tête sa mère et n’écoute que lui-même. Son loisir: les jeux vidéo. Il y passe son temps libre. Puis son temps tout court. Il disparaît des repas familiaux, ne dort plus, devient irritable, ses notes dégringolent, c’est l’avalanche.

Ou c’est un Monsieur comme les autres, trop stressé dans une société qui lui met trop de pression. Un jour, il essaie, sniffe un peu de coke. Déjà, la porte d’entrée à la dépendance est ouverte, effaçant celle de la sortie.

Que ce soit à des substances connues (cannabis, cocaïne, tranquillisants) ou virtuelles, la consommation de produits potentiellement addictifs se démocratise. Et se soigne. Le psychiatre Djamel Benguettat est chef de clinique aux HUG,
responsable précisément de la consultation NANT (Nouvelles addictions Nouveaux traitements). Il interviendra ce soir dans une table ronde sur la réalité virtuelle. Il nous explique de quoi il s’agit.

Addiction, dépendance quelle différence? On parle de dépendance lorsqu’il y a une dimension de tolérance (on doit jouer de plus en plus pour obtenir le même effet) et de sevrage (l’arrêt provoque des symptômes de manque). L’addiction comprend les symptômes de la dépendance auxquels s’ajoutent un comportement mal adapté (déni, «j’arrête quand je veux») et un automatisme (j’entre dans un café, j’éteins ma cigarette, je commande un café, quand il arrive j’allume une cigarette).

Qui vient vous consulter? En un an, depuis l’ouverture de NANT, nous avons vu plus de 250 cas. En moyenne, 120 patients suivent un traitement régulier. Les consommateurs de cannabis sont les plus importants, puis ceux de cocaïne.
En troisième position viennent les addicts aux jeux vidéo ou à l’Internet, puis les consommateurs compulsifs et enfin les addicts aux tranquillisants.

Souvent, ce sont les mamans d’adolescents qui viennent demander de l’aide. Notre travail est alors de trouver une stratégie pour amener le jeune à consulter.

Le phénomène d’addiction à une substance est-il le même qu’à quelque chose de virtuel? Il est identique, les mêmes circuits du cerveau sont touchés que l’on consomme de l’héroïne, de la cocaïne, du cannabis ou des jeux vidéo à l’excès. Il s’agit précisément de la zone de récompense.

Qu’entend-on par nouveaux traitements? Nous adoptons une approche pragmatique.
Le traitement doit être d’une durée limitée et courte, de ce fait il est souvent intensif. La prise en charge est à la carte, mais peut cependant impliquer un travail en groupe ou en famille.

Concrètement, et en simplifiant, le thérapeute va d’abord évaluer le degré de motivation du patient qui vient consulter. Il s’adapte à ce degré et s’attache à donner une information au patient sur ce qui se passe. Au fil des consultations, cette information va provoquer une ambivalence chez le sujet «je veux bien mais…».

On adapte alors l’outil thérapeutique en soulignant les points positifs pour aller vers l’abstinence et les points négatifs de rester dans la dépendance. La troisième phase est le passage à l’action. Le patient doit travailler sur l’abstinence, entendue déjà par une diminution, par exemple, du temps imparti au jeu. Quoi qu’il en soit, le premier pas vers la guérison reste celui fait pour venir consulter.

Une addiction cache-t-elle autre chose? L’addiction pourrait cacher un état anxieux, une phobie voire une dépression. Nous nous attachons à traiter ces pathologies sous-jacentes afin de soigner l’addiction.”

via la Tribune de Genève