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Dans les coulisses de Refugeye

La semaine dernière, j’ai fait la bêtise de vous promettre de vous raconter un peu les coulisses Refugeye, l’application que j’ai conçue pour les réfugiés. Évidemment, quand je promets, je tâche toujours de m’y tenir et voici donc le déroulé de ce projet dont j’ai quelque peu parlé sur Internet, notamment avec le compte twitter de DesignAndHuman, mon atelier de design. Pourquoi vous raconter cela ? Tout d’abord, Refugeye ne s’adresse pas aux designers, pas à mes parents ni mes amis (quoique), mais s’adresse aux personnes réfugiées, associations, ONG, administrations et autres structures qui interagissent avec les réfugiés. Ensuite, le projet n’est pas né au moment où les médias ont commencé à beaucoup communiquer sur le sujet, cela a commencé en janvier 2015. Enfin, si je vous présente un peu les coulisses, c’est peut-être pour vous dire aussi que chacun peut réaliser des projets de ce type en s’accrochant très fort et en y croyant.

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Avant de me lancer dans la conception de Refugeye, j’ai d’abord rencontré Guillaume Capelle qui a co-fondé Singa, une association pour les réfugiés, je suis ensuite intervenu sur le hackathon « Réfugiés Connectés » organisé par MakeSense et Singa, à l’Archipel. Cela a été l’occasion pour moi de discuter avec des réfugiés, de rencontrer des membres d’associations et d’institutions et notamment du HCR, le Haut Commissariat aux Réfugiés. Quelques mois plus tard, avec trois camarades designers, Darja, Chiara et Jérémie, j’ai suivi un MOOC sur le « Human Centred Design » par IDEO, et nous avons travaillés tous ensemble sur la problématique des réfugiés. Cela occupait donc régulièrement mon esprit et j’ai compris que j’avais envie de continuer à réfléchir en ce sens. Pendant la durée de ce MOOC, j’ai pu prendre le temps d’interviewer des gens passionnants (un chargé de recherche spécialisé sur les réfugiés, une employée du UNHCR au Canada et bien d’autres profils). C’est grâce à tous ces échanges que j’ai compris que le dialogue et l’échange au travers de la communication était un point primordial pour les réfugiés qui arrivent dans un pays dont ils ne maîtrisent pas la langue.

Une fois toutes ces observations faites, je me suis mis en tête de créer cette application qui viendrait faciliter l’échange entre deux personnes qui ne parlent pas la même langue, qui ont du mal à se comprendre et qui pourtant on un besoin vital de communiquer. J’ai tout d’abord regardé ce qui existait pour les réfugiés. Il s’agissait parfois de lexique papier, parfois de lexiques numériques, des outils de traduction aussi. Mais je ne trouvais rien qui pouvait se passer réellement de mots. Je me suis dit que le dessin était une bonne façon d’échanger, parfois de rire même, de se comprendre. Puis, sachant évidemment que tout le monde n’a pas le dessin aisé, j’ai réalisé qu’une librairie de pictogrammes ferait un bon équilibre avec le dessin. C’est comme ça qu’est né l’idée. À partir de là, j’ai rapidement fait quelques croquis, puis des maquettes sur mon ordinateur. J’ai ensuite échangé avec un ami développeur, Clément Delmas, avec qui on a réalisé un prototype web de Refugeye. Très vite j’ai compris qu’une application native mobile serait quelque chose par lequel il faudrait que je passe pour que Refugeye soit un outil à par entière. J’ai donc laissé un petit message sur Facebook et Twitter pour demander si une entreprise pourrait travailler avec moi sur le projet – évidemment, pas de façon bénévole. Pendant cette recherche, j’en ai profité pour faire des tests utilisateurs de ma démo de Refugeye et commencer à évaluer les modifications, les améliorations. J’ai également demandé à différentes personnes du monde entier, si elles étaient intéressées par le projet, de traduire la liste des pictogrammes dans leur langue natale. Enfin, grâce à l’énergie de l’agence de développement et un petit budget de trois mille trois cent euros plus tard, mon application était née sur Android !

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Dans l’idée initiale, je souhaitais aussi que Refugeye soit OpenSource. J’ai donc placé l’intégralité du travail en licence GPL GNU ce qui fut rapidement chose faite. Quelques jours plus tard naissait le site Internet de Refugeye : Refugeye.com (merci Matthieu pour la programmation!) et déjà quelques dizaines d’utilisateurs possédaient l’application. Fin décembre je présentais Refugeye à la Cité des Sciences devant des réfugiés syriens qui utilisent maintenant l’application et qui m’ont fait de précieux retours. Enfin, il y a quelques jours je présentais Refugeye à Bibliothèque Sans Frontières me donnait des idées pour imaginer la suite. Évidemment, j’aimerais poursuivre le travail sur cette application, en ajoutant plus de pictogrammes et de traductions, en la faisant développer également pour iOS (mais cela coûte encore un peu d’argent) en ajoutant certaines fonctionnalités, en corrigeant certains petites choses qui pourraient être meilleures. Enfin, j’ai très peu communiqué publiquement sur Refugeye car cela se joue surtout sur le terrain et par les réseaux des réfugiés, par le bouche à oreille aussi.

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Vidéo pour Links not Bombs

Pour conclure, en vous écrivant cette histoire, je me dis que chacun, en se plongeant dans un domaine qui lui tient à cœur, et en ayant l’envie de construire, est en capacité de créer quelque chose. Refugeye est une toute petite chose mais c’est déjà ça. C’est « un pas de plus vers« . Il y a des milliers d’actions qui sont encore à faire pour les réfugiés, mais aussi pour beaucoup d’autres personnes. C’est difficile de choisir, on ne peut pas tout faire en même temps. Certains passeront toute leur vie à aider les réfugiés, les SDF, les enfants, les vieux… D’autres essayeront différentes formes d’aide par le don, par la création, par l’action sur le terrain, etc. d’autres encore essayeront d’écrire, de partager, de réfléchir, de motiver les autres. Chacun fait un peu comme il peut et à sa façon. Je me dis qu’avec mes moyens limités de designer et d’humain, j’essaye aussi de faire des petits pas vers un « meilleur » dont je rêve. On rêve tous d’un « meilleur », à créer à sa façon, tout seul ou ensemble et très souvent avec les moyens du bord… Mais dans tous les cas… construisons !