On continue notre matinée avec Tim Brown qui est le directeur général de l’innovation et du design de IDEO. Il aborde le design comme quelque chose plus loin que la surface (et il a entièrement raison ). Ayant pris la relève du fondateur de IDEO David E. Kelley, Tim Brown poursuit la mission de l’entreprise autour de la recherche et du design thinking.
Dans sa conférence TED, Tim Brown soutient que la profession des designers est préoccupée par la création d’objets chics et à la mode alors même que des questions pressantes comme l’accès à l’eau potable montrent qu’elle a un rôle plus important à jouer. Il appelle à un mouvement vers une « pensée design » locale, collaborative et participative.
Sa conférence est passionnante, je partage vraiment la vision de Tim Brown, notamment sur ces points :
le design est devenu un outil pour pousser à la consommation au XXe siècle
ces objets sont amusants, désirables… mais pas importants
les designer à grosses lunettes et à col roulé noir ont transformé le design en esthétique, en mode
le design thinking est une approche qui peut avoir un impact énorme
l’utilité du design thinking se place dans l’innovation sociale
le design doit être centré sur l’humain
le designer doit comprendre le contexte culturel et social
il ne faut pas commencer avec la technologie mais avec les gens et leur culture
les prototypes accélèrent le processus d’innovation
le design est une pensée qui crée du participatif, du collectif
le design a un impact plus grand quand il n’est plus dans les mains des designers mais dans les mains de tout le monde
il faut passer de l’approche convergente (dans laquelle nous faisons les meilleurs choix en fonction des possibilités) à l’approche divergente (dans laquelle nous explorons de nouvelles alternatives, de nouvelles idées qui n’avaient jamais existé)
On continue notre journée avec « l’homme à la pancarte », un personnage mystère qui a su intriguer les journalistes du Monde. C’est une des personnes les plus photographiées dans les manifestations dans toute l’Europe et pourtant c’est un anonyme. Jean-Baptiste Reddé se fait un devoir de manifester pour des myriades de causes. Il est devenu la cible visuelle de bien des photographes.
Ce personnage utilise quelques principes simples de la communication lors d’un événement :
un positionnement dans l’espace bien choisi
un code couleur, pourrait-on dire une charte ?
un systématisme dans sa communication
de la simplicité
un message identifiable et synthétique
Les outils graphiques lors des luttes sociales et des manifestations sont des objets passionnants, ils sont à la frontière entre la forme et le fond, entre l’esthétique traditionnelle pour les manifestations et le visuel innovant.
Toujours en direct de Los Angeles avec Adobe Max ! Cette journée était placée sous le signe des communautés créatives avec le titre « Community inspires creativity » ! grandes idées de cette matinée étaient tout d’abord de connecter chaque créatif à sa communauté, de raconter leur histoire, de leur offrir un miroir, un reflet. Se sont donc succédés sur scène les « Creative Voices » d’Adobe, j’ai nommé Paula Scher, Rob Legato, Erik Johansson et Phil Hansen.
Paula Scher
Paula raconte son histoire en commençant par la création d’environnements graphiques (parkings, écoles, maisons, etc.). Elle présente la création comme une rébellion contre quelque chose, contre un principe, une chose qui nous gène, un procédé que l’on aime pas. Son travail est fait principalement de typographie peinte,
Paula est la première à présenter son travail en introduisant la typographie et son lien avec les lieux, mais pas n’importe quels lieux, les lieux délaissés. J’aime beaucoup le travail de Paula Scher car elle est devenue une experte de la simplicité en repoussant ses limites et en suivant avec élégance l’évolution des environnements urbains dans des endroits les plus improbables. Paula Scher partage son travail époustouflant au fur et à mesure de ses slides, de Las Vegas au métro de Tel Aviv, elle se positionne à la frontière entre le design graphique et l’architecture. Elle conclura sa conférence sur cette phrase : « Je travaille sur des projets dont personne ne se soucie, de cette façon chacun retrouve de la magie dans ces endroits où il n’y a nul part où aller ».
Phil Hansen
Au tour de Phil Hansen de nous raconter son histoire et son approche du travail créatif. Phil part du principe qu’il faut accepter les contraintes, les limites et s’en servir pour conduire la créativité. Au détour de ses œuvres graphiques, souvent en noir et blanc et pour la plupart dessinées à la main avec de l’encre, de la nourriture (mâchée !), de la peinture ou des petits points, il insiste sur la fait que nous devons être limités, contraints, afin de devenir infinis, illimités. Toujours la même questionqui revient : la profusion d’outils favorise-t-elle la créativité ? Dans le cas de Hansen c’est la limitation !
Erik Johansson
Erik Johansson, artiste de la manipulation photo vraiment talentueux ! « Ce que vous pouvez imaginer, vous pouvez le créer. » Il questionne la logique du monde pour la dépasser grâce à ses manipulations photographiques et dans ses idées. Erik s’amuse à nous rappeler que Photoshop n’est pas magique et qu’il faut toujours se poser cette question à soi-même : « et si…? » afin de faire venir de nouvelles idées. Généreux, il expose l’envers du décor de ses créations en montrant, sur Photoshop, calque par calque les détails de ses manipulations photos. Un élément que je retiendrai absolument : « Chaque problème peut être décomposé en plusieurs petits problèmes » comme quoi, tout n’est pas si compliqué…;-)
Rob Legato
Rob Legato est ce qu’on appelle un « Visual Effects Supervisor », il a notamment gagné un oscar pour les effets de Titanic et a travaillé sur le film Apollo13. Rob insiste sur le fait que le transfert de l’émotion se passe entre la musique, l’histoire, l’image et l’importance du « moment ». En effet, comme il dit « on ne voit pas les effets, on ne voit pas la technique…on la vit » ! Je retiendrai quelque chose de très fort concernant les émotions : « Si vous pouvez recréer quelque chose qui agite vos émotions, si vous pouvez atteindre cet objectif, ce sera vraiment merveilleux ». Je partage parfaitement son avis
Quelques conclusions pour cette matinée
Le réenchantement du réel
Les outils sont la pour atteindre son but, ils ne sont pas magiques
La contrainte est un levier pour créer, détourner, produire
L’imagination est la clef créative de départ
Le questionnement des possibles sera, lui, un moteur pour avancer
Une façon de retrouver des émotions, voilà ce que nous devons créer
En direct de Los Angeles pour la grande conférence Adobe Max, je suis enfin rentré à l’hôtel pour souffler un peu, ouvrir l’ordinateur et pour vous raconter les nouveautés de cette journée ! Tout d’abord, ce fut une journée assez éprouvante en annonces, en informations et en idées également. La matinée a donc commencé par une grand messe sur l’histoire d’Adobe, puis sur les nouveautés de Photoshop, Illustrator, inDesign, etc. Nous pouvons dire au revoir à la génération CS (Creative Suite) car la suite Adobe s’appellera maintenant « CC » comme Creative Cloud (rien à voir avec Creative Commons).
Mais avant de vous raconter... je vous propose une petite vidéo
Ouverture… en vidéo !
(merci Jonathan pour la vidéo)
Photoshop, Illustrator et inDesign, After Effect CC
De nouvelles fonctionnalités logicielles ont été annoncées, notamment un gros travail sur la correction des flous bougés (lorsque l’on tremble, lorsque l’on est en mouvement, etc. lors de la prise d’une photo) sur Photoshop ou encore la possibilité, sur Illustrator, de manipuler, tourner, changer chaque lettre d’un texte, indifféremment, sans avoir besoin de vectoriser le mot. Pratique et très demandé ! Cinema 4D fait maintenant partie de After Effect directement téléchargeable depuis le Creative Cloud. Parfait pour la 3D et la vidéo en même temps, sans changer de logiciel. Encore sur Photoshop, la gestion du multiscreen est simplifiée notamment pour les sites en responsive web design. Une fois votre maquette de site Internet bien calée, il vous sera possible de la tester et de la modifier pour toutes les tailles d’écran. Toujours dans les nouveautés, Adobe Kuler, l’outil pour créer ses gammes de couleurs est maintenant disponible sur mobile afin que vous captureriez les couleurs du monde autour de vous et que vous les retrouviez ensuite sur Photoshop et dans vos maquettes. Enfin, Ô joie, Typekit, (un service ultime pour mettre des typographies sur des sites Internet), est disponible sur tous les logiciels d’Adobe pour vos créations. Vous avez donc vos typos Typekit, disponibles sur vos logiciels, sur votre ordinateur. Enfin, le Creative Cloud permet de faire du versioning de fichiers, directement en ligne, sans même vous en soucier. Il y a d’autres nouveautés encore, que nous découvrirons plus tard
Photoshop CC en vidéo
Illustrator CC en vidéo
Et Behance dans tout ça ?
Evidemment, toutes les applications de la Creative Cloud sont connectées au réseau social Behance et vous pourrez partager les travaux que vous souhaitez sur votre profil Behance. Simple, évident et cependant, centraliser la créativité, n’est-ce pas une drôle de façon de la re(présenter ? À ce propos, Scott Belsky s’exprime sur la créativité au micro de Gayané.
Mighty, le stylet d’Adobe !
Cette nouvelle création est assez incroyable de la part d’Adobe, mais réellement logique dans la tendance du retour au tangible mais… connecté ! Ce stylet fonctionne avec le Bluetooth et tire partie du Creative Cloud mobile (disponible sur Android, iPhone et Windows Phone) pour permettre de connecter vos dessins, vos tracés, vos croquis, directement à Photoshop, à votre iPad, à votre Illustrator, etc. Le stylet Mighty est sensible à la pression et possède un bouton qui fait apparaître un menu d’options. L’application reconnaît par ailleurs si un utilisateur interagit sur l’écran avec le stylet ou son doigt, ce qui permet par exemple d’utiliser le stylet uniquement comme outil de dessin et ses doigts pour effacer.
Ajoutez à cela « Napoléon », une règle connectée qui permet la création de formes géométriques, des lignes, des courbes, des repères, etc. Ce premier pas d’Adobe vers les objets est une chose intéressante à noter, notamment dans la couverture de la chaîne de production, de création.
La suite d’outils d’Adobe s’appelle maintenant « CC » comme « Creative Cloud«
Cinema 4D fait maintenant partie de After Effect
Photoshop gère les maquettes en responsive web design en les affichant en multiscreen
Toujours sur Photoshop, il est possible de générer les fichiers reflow et de récupérer le CSS également
Edge Animate permet de créer des animations en html5, css3 avec Edge Code CC
« Inspiration happens when I’m out in the world » : Kuler devient une application mobile qui analyse l’environnent grâce à la caméra de votre smartphone et crée une palette dynamiquement
TypeKit utilisable dans Photoshop CC et toutes vos applications Adobe.
Le versioning de vos fichiers, sans même vous en soucier.
Le partage de vos fichiers très facilement via le cloud.
Le réseau social Behance est intégré à toutes les applications Adobe CC
Mighty est le stylo connecté au Cloud, avec une règle (Napoléon) qui gère des outils de création
Un outil tactile de composition & création d’ouvrages print a également été présenté !
Dans toutes ces nouveautés, je retiens surtout la sortie du stylet Mighty, j’ai très hâte de le tester, notamment après avoir manipulé à de nombreuses reprises, le Inkling, le fameux stylet de Wacom qui n’aura hélas pas rencontré le succès. En attendant la sortie de toute la Creative Cloud, le 17 juin 2013, ce premier pas d’Adobe vers le tangible m’intrigue et me plait particulièrement. Il y a tant à faire encore