Graphisme & interactivité Blog sur le graphisme, le design et la créativité numérique, par Geoffrey Dorne 2018-06-20T13:25:31Z https://graphism.fr/feed/atom/ https://graphism.fr/wp-content/uploads/2016/03/favicon-220x220.png Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Apprentissage d’avril / mai : la langue des signes française]]> https://graphism.fr/?p=619683287 2018-06-20T13:25:31Z 2018-06-18T16:08:54Z

Depuis janvier 2018, je vous partage mon année d’apprentissages, après le bois, la coutellerie, la permaculture j’ai commencé a prendre des cours particuliers de LSF, autrement dit de « langue des signes française ». Un apprentissage de longue haleine et sur lequel je voulais vous partager mes premières impressions avec mon regard de designer.

Pourquoi la LSF ?

Tout a commencé comme souvent, par un émerveillement. Il y a un an, j’ai vu une amie dont les jeunes enfants n’étaient pas encore en âge de parler. À table, c’est très naturellement que les petits signaient pour communiquer quelques petites choses simples avec leur maman « à boire, à manger, j’ai mal, etc.» J’ai compris qu’il s’agissait ici d’une façon très expressive de communiquer et de transmettre autrement que par un apprentissage verbal (pour rappel, j’ai travaillé deux ans en tant que chercheur en design sur un projet dont la thématique était la communication émotionnelle et non verbale). Cet émerveillement rejoignit l’estime que j’ai pour les interprètes qui prennent soin d’exprimer en direct les conférences que je donne parfois ou encore les workshops que je réalise (je me souviens un workshop de deux jours, les pauvres, elles étaient deux à se relayer pour suivre tout ce que je racontais. Je leur avais promis de faire attention à ma parole, pour ne pas être confus ou ne pas parler trop rapidement non plus). Mais derrière les signes, il y a des histoires, un savoir-faire et surtout des expressions corporelles et faciales que j’ignorais totalement.

Je me suis donc mis en tête de commencer à apprendre la LSF. Et je dis bien « commencer » car j’ai vite compris c’est un chemin qui est sans fin, que l’on peut apprendre la LSF tout sa vie. 

Mes premiers pas

Tout d’abord j’ai cherché où et comment apprendre sachant que je n’ai pas un énorme budget et pas toujours assez de temps. J’ai donc pris soin d’éplucher le web et je suis tombé sur une super prof qui vient à mon atelier me donner une à deux heures de cours régulièrement. Pour ne rien vous cacher, j’avais clairement peur car communiquer d’humain à humain sans aucune parole, je ne savais vraiment pas le faire, c’est plutôt troublant et inhabituel. Mais je me suis lancé et j’ai donc commencé à prendre mes premiers cours.

La première sensation c’est que c’est épuisant. Tout d’abord faut observer les gestes, essayer de les comprendre, puis les reproduire. Observer, en tant que designer, on doit savoir faire ça et pourtant, certains signes sont très précis, la posture du coude, du doigts, le mouvement de celui-ci, etc. Le second élément c’est de reproduire en miroir. En effet, lorsque ma prof signe, je dois inverser dans ma tête le signe pour reproduire l’exacte signe mais à l’opposé. Cette petite gymnastique n’est pas non plus évidente. Ensuite, je me suis pris de passion à essayer de comprendre les signes. Certains s’expliquent d’eux même comme lorsque l’on parle d’une nationalité (les égyptiens, les inuits, etc.) d’un animal (un chat, un oiseau, etc.) ou encore de politiques (le Pen, Asselineau, Lasalle, etc.) mais d’autres sujets sont bien plus abstraits comme les couleurs par exemple.

Quels sujets ai-je abordé ?

J’ai commencé évidemment avec les salutations d’usages mais surprise, je n’ai pas pu me présenter par mon prénom : il me fallait un signe ! En effet, il faut quelques temps pour identifier une caractéristique qui décrit la personne et c’est cette caractéristique qui sera le prénom de la personne. Pour ma part, ma prof a décidé que ce serait « celui qui dessine des affiches ». Nous avons ensuite étudié quelques verbes puis très vite, des sujets sur lesquels le design a besoin de signes : la représentation des formes, les couleurs, la fabrication, etc. Nous avons aussi beaucoup échangé sur les voyages, les pays, les cultures.

La langue des signes est différente selon les pays.

Le design et la LSF

Ces deux derniers mois ont été pour moi une façon de créer des ponts entre le design et la LSF. Lors de mon apprentissage sur les formes et la description d’une scène, d’une image, j’ai fait le lien entre la façon dont on « pense » quand on design quelque chose. À savoir : il faut penser, l’usage principal, la fonction, puis ensuite aller dans le détail, la forme. En LSF c’est pareil. Quand on décrit un objet, on décrit son usage avant même de parler de sa forme. Puis quand on décrit sa forme, on est très précis, comme dans le design. On décrit soit en deux dimensions (avec les doigts), soit en trois dimensions (avec les mains), on décrit l’épaisseur, la hauteur, les proportions sont également hyper importantes. On décrit un peu comme on dessinerait. Alors, même si c’est facile de décrire la forme d’une boîte, je vous invite à essayer de décrire par le geste, la forme d’un objet bizarroïde qui se situe sur votre bureau, vous verrez, c’est tout de suite plus difficile. L’autre aspect qui me plait beaucoup c’est le fait d’essayer de comprendre une description. Si vous avez déjà joué à « dessiner c’est gagner », vous vous rappelez peut-être que le cerveau passe son temps à faire des allers et retours entre les premières lignes du dessin et votre imagination qui tente de compléter ce dessin. En LSF, c’est un peu pareil, sauf qu’il vous faudra mémoriser au fur et à mesure la description gestuelle que votre interlocuteur vous fait et ainsi créer une image mentale.

Pour parler de design, j’ai également rencontré l’association Signe de Sens. C’est l’asso qui s’occupe du dictionnaire en ligne Elix (le plus complet, à ma connaissance), et on a échangé sur leur prochain projet web à destination du grand public et pour la diffusion de la LSF de façon encore plus large.

Pour une curiosité sans fin…

Tout comme les précédents apprentissages, je vais tâcher de poursuivre cela avec rigueur et curiosité, tout en tissant des liens avec mon métier de designer et je verrai bien où tout cela me mène. En tous les cas, si vous aimez les échanges, la gymnastique du cerveau et surtout : apprendre, je ne peux que vous conseiller de vous plonger sur ce passionnant apprentissage qu’est la Langue des Signes Française. 

N’hésitez pas à suivre également la chaîne Youtube de MélanieDeaf, c’est génial, accessible et elle aborde des sujets très différents.

À vous de jouer maintenant !

Image de Cover signée EquiCom

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Les affiches de la NSA dans les années 50]]> https://graphism.fr/?p=619683192 2018-06-06T12:09:10Z 2018-06-06T12:08:55Z

Vous avez forcément déjà entendu parler de la NSA, la National Security Agency, l’organisme gouvernemental du département de la Défense des États-Unis qui est responsable du renseignement numérique, sur Internet notamment. Ils mettent également en place de nombreux efforts pour améliorer le chiffrement et toute la partie cryptographie de la NSA et de l’armée des États-Unis. La NSA c’est aussi des millions d’écoutes illégales (merci Snowden), c’est des violations des Droits de l’Homme, c’est beaucoup de choses qui viennent entraver nos libertés.

Mais, ce que l’on sait moins, c’est que la NSA produisait également des affiches de propagande dans les années 50-60. Ces affiches étaient le fruit d’un savoureux travail pédagogique auprès de ses employés pour qu’ils ne divulguent vraiment aucun secret. Ces affiches sont donc d’époque, elles ont été publiées en PDF sur Government Attic, puis sur MotherBoard. Les affiches sont parfois pittoresques, parfois totalement décalées par rapport à notre époques. Certaines sont drôles et parfois éprises d’un parfum de nostalgie. Et comme j’aime un peu tout ça, je ne manque pas de vous en partager les meilleures.

Les affiches de la NSA dans les années 50

J’apprécie aussi me dire que bon nombre de ces slogans sont intéressants à l’échelle individuelle pour se protéger de façon numérique, face aux grandes entreprises et aux États (notre État y compris) qui veulent avaler nos données toutes crues. Bref, j’essaye de garder en tête certains de ces slogans mais en les appliquant à la surveillance, au chiffrement des données, etc.

  • Prenez le temps de la sécurité, du chiffrement
  • La sécurité permet une certaine stabilité, une résilience
  • Le chiffrement ne prend jamais de congés
  • La sécurité informatique permet une plus grand liberté d’expression
  • Soyons conscient de la surveillance qui nous entoure…

Je verrais bien une ou deux de ces affiches imprimées en grand et installées dans mon atelier… ou aussi dans une rédaction de presse, dans une entreprise d’informatique, dans un cabinet de ministre… non ? 😉

[ Télécharger toutes les affiches en PDF ] ]]>
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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Le voyage en Islande par Clémence Floris]]> https://graphism.fr/?p=619682804 2018-05-30T07:33:34Z 2018-05-30T07:33:27Z

Aujourd’hui, je vous partage le travail graphique et photographique de Clémence, une talentueuse designer UX/UI diplômée en photographie et design graphique des Gobelins. J’ai rencontré Clémence il y a quelques temps maintenant et j’avais vraiment envie qu’elle puisse vous présenter son travail sur ce voyage en Islande et du livre qu’elle a réalisé. Je lui ai donc posé quelques questions pour vous 🙂

Bonjour Clémence, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs & lectrices ?

Je m’appelle donc Clémence, j’ai une grosse grosse vingtaine d’année (ahem) et exerce en tant qu’UX/UI Designer après avoir fait des études en photographie et design graphique à Gobelins. En parallèle de mon activité salariée, je réalise des projets photo plus personnels, loin des clients et des contraintes commerciales. En étant au quotidien dans un secteur numérique, j’ai besoin de retrouver du concret, mettre les mains dans la matière et créer des choses palpables. Du coup, je m’intéresse à pas mal de pratiques proches de l’artisanat : le tricot, la céramique… et puis l’édition aussi ! Je ne me suis jamais inscrite complètement dans une pratique artistique et cette polyvalence me permet de multiplier les expériences et les points de vue. Je me nourris aussi de mes autres centres d’intérêts que sont les voyages, la nature et les sports de plein air.

2/ Tu m’as offert ce superbe livre sur l’Islande, avant de le présenter, pourrais-tu nous raconter comment as-tu découvert cet incroyable pays et ta relation à celui-ci : jusqu’à y vivre !

J’ai découvert l’Islande il y a 10 ans un peu par hasard. J’y suis partie avec mon copain de l’époque pour rendre visite à une amie à lui. Je n’avais vu aucune image, ne savais rien sur ce pays et ça a été la surprise totale ! C’est difficile à expliquer mais ça a été une sorte de coup de foudre. Ses paysages infinis, complètement mouvants et toujours un peu dramatiques ont raisonné en moi et ne m’ont jamais lâché. La nature y a une place primordiale, les éléments s’expriment avec force et tout y est amplifié : le froid, le vent, la pluie, le soleil, les sons, les couleurs. Il y a une vivance incroyable à laquelle je prends part quand je suis en ces lieux. Quelques années plus tard, je me suis retrouvée en transition dans mes études et avais envie de partir à l’étranger pour faire un stage. J’ai contacté le musée de la photographie de Reykjavik pour un stage et 2 mois plus tard je faisais ma valise ! J’y suis restée 6 mois, de la nuit noire de janvier au jour continu de juillet. Depuis j’y retourne régulièrement mais de moins en moins, le tourisme a beaucoup changé ce pays et il perd en authenticité ce qui me fait un peu mal au cœur. Mais ça c’est un autre sujet !

3/ Tu as donc réalisé des photographies puis un livre, peux-tu nous parler de ta démarche ?

Je n’ai pas de démarche consciente et contrôlée. Parfois j’écris des projets mais bien souvent je réalise des images et les idées surgissent d’elles-mêmes ensuite. Si elles me restent suffisamment longtemps en tête alors je me dis qu’il y a quelque chose à faire et le besoin de les concrétiser devient viscéral. Pour la petite histoire, ce projet a débuté il y a 6 ans et je l’ai repris il y a 1 an environ avec la nette envie de le terminer. 6 ans… ça semble assez long pour en faire quelque chose non ?! La naissance de ce projet ? Concrètement, lorsque j’habitais là bas, une amie m’a rendu visite. Elle avait vu sur internet qu’il existait une île de 5km² avec seulement 60 habitants et a voulu y aller (à la base pour un projet photo). On y a passé 4 jours et j’y ai fait des photos, comme toujours, mais n’avais pas de projet en tête. Ou peut-être un autre dont j’ai même oublié le sujet ! Quand au retour j’ai regardé les images faites là bas, j’étais été surprise et déçue, car je ne me souvenais pas avoir photographié autant ces paysages de cette façon. J’avais l’impression que c’était toutes les mêmes photos, j’étais perdu pour reconnaître les lieux car tous les paysages semblaient pareil. Je ne m’en étais pas rendue compte sur le moment mais là c’était flagrant ! Elles témoignaient complètement de ce que j’avais vécu sur place : ce sentiment de tourner en rond, de répétition inhérente à la taille et la géographie de cette île. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de jouer avec cette unité géologique et photographique en recomposant des paysages. Les associations étaient infinies et l’idée du livre comme support est arrivé naturellement pour pouvoir expérimenter le maximum de combinaisons. J’avais en tête les jeux pour enfants où on peut associer différentes parties du corps : tête / buste / jambes. Mais contrairement à l’univers enfantin, j’ai rapidement imaginé ce livre très sobre et un peu “classe”. Je voulais du noir mat, du vernis sélectif. Ca c’est plus une question de goût et de sensibilité je crois.

4/ As-tu tout réalisé en noir et blanc ? Le procédé d’impression du livre est vraiment particulier, sa mise en page également, était-ce ton premier livre ? Quelles idées t’ont portées pour le réaliser ?

Techniquement, les photos ont été faites en argentique (n&b et couleur) puis scannées. La maquette a été un petit casse tête car n’ayant pas prévu le coup à l’avance, je n’avais pas tant d’image et de marge de manœuvre. Il a fallu les recadrer, bien les positionner et calculer pour que les horizons coïncident. J’ai imprimer pas mal de prototypes aussi !

Une fois la maquette terminée, je ne savais pas trop comment l’imprimer et à qui m’adresser. Ayant fait des études de post production de l’image et notamment d’impression photo, c’était important pour moi de maîtriser le rendu final. J’avais déjà réalisé un livre, imprimé sur Blurb et voulais cette fois quelque chose de plus qualitatif et artisanal. En plus je n’avais pas peur de mettre les mains dedans, bien au contraire ! L’aspect financier a également joué, le format étant particulier, j’avais peur que ça me coûte un bras si je devais payer la reliure.

J’ai découvert par hasard Fidèle Editions et la risographie en visitant les Grands Voisins et ça m’a fait « tilt ». Il faut dire que le lieu et son ambiance bouillonnante sont un vrai émulateur pour la créativité ! J’ai commencé par me renseigner sur la riso que je connaissais pas du tout mais qui me semblait compatible esthétiquement. Puis j’ai montré un prototype aux 2 gars du studio. Ils étaient contents d’utiliser cette technique d’impression sur de la photographie car la riso est beaucoup plus employée pour imprimer des dessins, des aplats de couleurs, c’est un peu les mêmes caractéristique que la sérigraphie. Et puis le projet les intéressaient réellement, ils étaient prêts à me conseiller et me prêter du matériel. Banco ! C’était l’occasion parfaite de faire ensemble tout en restant moi-même en charge de tout ce que je pouvais gérer : massicotage, montage, reliure… Cet échange humain donnait encore plus de sens à la réalisation. J’ai beaucoup appris et ai pris plaisir à mettre les doigts dans la colle… et sous la lame du cutter !

5/ Pour les plus curieux : où peut-on commander ton livre ? Vas-tu sortir un prochain ouvrage ? Quels sont tes prochains projets ? On veut savoir !

Le livre est en vente “direct producteur”, il suffit de m’envoyer un email. Il existe 50 exemplaires numérotés mais il en reste une dizaine encore ! Dépêchez vous 😉 Le délai peut juste être un peu long car je les fais à la main, 1 par 1 ou presque.

La suite de tes aventures ?

Pour le moment, j’ai des projets photos mais aucun livre est en cours. Ceci dit, je pense qu’il y en aura d’autre, j’aime l’image imprimée, le fait de créer un objet et d’instaurer une relation concrète et tactile entre les lecteurs et les images.

Pour retrouver le site de Clémence c’est par ici ! Et j’en profite pour la remercier infiniment pour sa gentillesse et sa générosité.

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[[Épisode 6] Dans le carnet de Rudy Marc]]> https://graphism.fr/?p=619682862 2018-05-21T08:23:13Z 2018-05-21T08:23:05Z

Aujourd’hui, pour ce sixième épisode de ma série de carnets de designers, d’artistes, de créatifs, je vous présente Rgsone, alias Rudy Marc, un camarade designer de talent et qui a accepté de répondre à mes questions ainsi que de m’ouvrir les pages de ses carnets. Son univers est très graphique, souvent sombre et parfois street art J’en profite pour vous dire que si vous voulez relire les épisodes de « Dans le Carnet de… » ils sont accessibles à la fin de l’article.

Hello Rudy, pourrais-tu te présenter à mes lecteurs qui ne te connaissent pas ? 

Salut Geoffrey ! Je suis rgsone de mon vrai nom Rudy Marc, j’ai 34 ans. J’ai obtenu un DNSEP (Master) en design graphique à l’École Supérieure d’Art de Cambrai en 2012 et depuis 2013 je suis auteur indépendant. J’enseigne également le design graphique et la création numérique dans la petite école de dessin Maurice Quentin de La Tour à Saint-Quentin. Comme je suis curieux et que j’aime toucher à tout, il m’est toujours compliqué de mettre des mots exacts sur ce que je fais au quotidien. Je me qualifierai d’auteur développeur créatif (arg…). Je conçois, design et développe, de A à Z très souvent, des applications et des expériences interactives pour des musées et autres. Mais aussi des sites web, quelques petits jeux vidéos, des applications mobiles parfois et, cela m’arrivent de temps en temps, de travailler sur des projets de graphisme papier.

Le stylo bic semble être ton outil de prédilection, peux-tu nous en dire plus ? Et quels sont tes autres matériaux d’expression ?

Merci à toi pour l’invitation. En effet, j’affectionne particulièrement le stylo Bic. Je ne sais pas s’il y a une raison particulière à ça, peut-être la sensation de glisse sur le papier et aussi le côté increvable du stylo. J’utilise également beaucoup de critériums, j’en ai 5 ou 6, des Rotring Tikky en 0,5 souvent. Et j’ai pas mal d’autres feutres et stylos en tous genres suivant ce que je recherche comme rendu, pour le lettering par exemple. Des Tombow, des Uni pin en 0,1 et 0,3, des Parallel Pens pour la calligraphie, des Pilot en pagaille, des Posca, des marqueurs rechargeables à grosse mèche type Grog, Montana, etc.

Tu dessines des formes organiques, des personnages, des motifs vivants, sais-tu d’où cela te vient ? Est-ce que cet univers sort de tes carnets pour atterrir sur d’autres supports ?

Ce doit être la conjonction de plusieurs choses, j’imagine. J’ai un fort attrait pour les sciences de la nature déjà et la nature tout simplement. J’aime beaucoup les représentations du monde microscopique, des bactéries, etc. Et durant mes études, j’ai travaillé sur le nœud, dans toutes ses formes, le nœud réseau, le nœud en tant que lien, le nœud mathématique et également sur l’art génératif. D’ailleurs, l’art génératif s’inspire beaucoup de la nature. Je suppose que ça m’inspire beaucoup de ce côté, c’est souvent ce qui me vient en tête quand j’ai des idées et que j’ouvre mon carnet. Et comme souvent, c’est le côté jouissif à se laisser aller à dessiner des formes organiques abstraites qui me plaît. Quelques croquis sont sortis de mon carnet, soit sous forme de dessin dans des formats plus grands, soit sous forme de petite application visuelle générative.

Tu réalises aussi parfois du dessin de caractères, on y retrouve des choses classiques (du Bodoni, des garaldes, des égyptiennes, etc.) mais aussi du lettrage type street-art et même des langages codés… Mais d’où vient cet amour des belles lettres ?

Je me suis pris d’amour pour la culture hip-hop il y a longtemps et le graffiti est sûrement ce qui m’a le plus mis une claque à ce moment-là. Du coup à l’époque, j’ai acheté quelques bouquins là dessus puis pas mal de magazine. Puis j’ai commencé à gribouiller des lettrages et c’est devenu un peu frénétique, j’en faisais vraiment beaucoup. Ça s’est calmé par la suite, mais j’ai toujours continué d’en faire. Puis quand j’ai repris mes études j’ai découvert la typographie un peu plus en profondeur et il y a eu un lien évident entre tout ça. On dessine toujours des lettres, des signes. Donc cela ne m’a jamais vraiment quitté. Du coup, j’ai une grande appétence pour les lettres, les signes et les formes. J’aime également les visuels et les textes cryptiques, chiffrés, qui te poussent à chercher, à comprendre. Ce qui explique les quelques gribouillis de langages codés que j’ai pu faire. J’ai un gros bouquin que j’adore et que m’avait fait découvrir un enseignant, livre que l’on m’a offert depuis, c’est le Codex Seraphinianus, ce livre est fascinant.

Enfin, tes carnets forment aussi un support de réflexion sur le webdesign, sur les interfaces… le carnet est-il pour toi un passage indispensable à ce type de création ? Juste un support ?

Presque indispensable, je dirais. Pour deux raisons. La première : pour noter des idées régulièrement, des bribes d’idées, de visuels, que je pourrai récupérer plus tard. La deuxième : je commence toujours un projet, quel qu’il soit, par des croquis. Cela me permet de mettre en place rapidement et simplement mes idées. Quelque chose que j’aurai du mal à faire en ouvrant directement un logiciel et en me lançant. J’ai besoin de noter, mettre des mots, esquisser des formes comme base de travail. Ça me sert également lors des rencontres pré-projet. Je pose des idées directement en discutant, sur le vif tant que c’est frais.

Pour conclure, aurais-tu un conseil, un petit mot, une idée pour tous les gens qui dessinent de temps en temps dans un carnet ?

Si vous avez déjà un carnet dans lequel vous gribouillez, dessinez, notez, raturez, je n’ai pas grand-chose à conseiller de plus. L’essentiel est déjà là. 🙂 Sinon je ne peux qu’encourager toutes les personnes, créatives ou non, à avoir un carnet et un stylo. Pour noter des mots, des réflexions, gratter des petits dessins, prendre des notes, etc. Ça crée de vrais petits univers uniques, propres à chacun et c’est toujours très agréable de se plonger là dedans.

Merci !

Merci encore à Rudy pour avoir pris le temps de prendre en photo ses carnets en photo et de répondre à mes questions ! Vous pouvez le retrouver sur twitter,  sur instagram mais aussi sur son site Internet (Rudy me souffle qu’il doit le mettre à jour 😉 Bienvenue au club!) . Il a également un profil sur Github et sur 500px !

Retrouvez les épisodes de « dans le carnet de… » avec :

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Le design n’est pas une profession, c’est une attitude…]]> https://graphism.fr/?p=619683019 2018-05-15T13:01:47Z 2018-05-15T13:01:47Z

Cette après-midi, j’ai écouté cette passionnante interview de Ruedi Baur (que vous pouvez écouter ci-dessous) et il cite a un moment, une citation de László Moholy-Nagy, à savoir : « Le design n’est pas une profession, c’est une attitude ». Une phrase qui résonne en moi tellement fort que c’est avec plaisir que je vous la partage et que je vous remet l’extrait de cette citation dans son ensemble. Ruedi Baur parle de cela à la 35e minute et englobe cette attitude vis à vis du client, du projet, des conséquences humaines et sociales de la forme de design exprimée, mais aussi d’un point des conséquences personnelles de ce que l’on met en place en tant que designer.

L’interview de Ruedi Baur

Le texte de Moholy-Nagy

Ce texte est extrait de l’ouvrage «Peinture Photographie Film» aux Éditions Jacqueline Chambon.

« Le design a de nombreuses connotations. Faire du design c’est utiliser des matériaux et des processus de telle manière que leur organisation soit la plus productive et la plus économique possible et que tous les éléments nécessaires à une fonction donnée y soient intégrés de façon harmonieuse et équilibrée. Le design n’est donc pas une simple question d’apparence. Il renvoie en réalité à l’essence des produits et des institutions; il exige une démarche à la fois pénétrante et globalisante. Il représente une tâche complexe qui nécessite d’intégrer aussi bien des critères technologiques, sociaux et économiques que des données biologiques et les effets psychophysiques produits par les matériaux, les formes, les couleurs, les volumes et les relations spatiales. Faire du design, c’est penser en termes de relations. C’est appréhender le cadre et le cœur des choses, les buts immédiats aussi bien que les buts ultimes, dans le sens biologique du terme en tout cas. C’est ancrer la spécificité d’une tâche dans une globalité complexe. Le designer doit être formé non seulement à l’utilisation de divers techniques et matériaux mais aussi à une réflexion concernant leurs fonctions organiques. Il doit savoir que le design est indivisible, que les caractéristiques internes et externes d’un plat, d’une chaise, d’une table, d’une machine, d’un tableau, d’une sculpture ne peuvent être disjointes. Il faut faire en sorte désormais que la notion de design et la profession de designer ne soient plus associées à une spécialité, mais à un certain esprit d’ingéniosité et d’inventivité, globalement valable, permettant de considérer des projets non plus isolément mais en relation avec les besoins de l’individu et de la communauté. Aucun sujet, quel qu’il soit, ne saurait être soustrait à la complexité de la vie et traité de manière autonome.

Le design est présent dans l’économie de la vie affective, dans la vie de famille, dans les rapports sociaux, dans l’urbanisme, dans le travail que nous faisons ensemble en tant qu’êtres civilisés. Finalement le grand problème qui se pose au design est qu’il doit servir la vie. Dans une société saine, cette exigence devrait avoir pour effet d’encourager toutes les professions à jouer pleinement leur rôle puisque ce sont les rapports qu’elles entretiennent entre elles qui donnent à une civilisation ses qualités particulières. Cela implique donc que chacun s’acquitte de sa tâche avec la largeur de vue d’un vrai designer, c’est-à-dire en essayant toujours de l’intégrer dans un cadre plus vaste. Cela implique par ailleurs la disparition de toute hiérarchie entre les arts (peinture, photographie, musique, poésie, sculpture, architecture). Aucun domaine ne doit plus être privilégié, pas plus celui de l’esthétique industrielle qu’un autre. Chacun d’eux vaut par lui-même en ce que le design peut y accomplir la fusion de la fonction et du contenu. »

Comme le dit Ruedi Baur, au centre il y a le citoyen, il y a l’être humain, il y a toutes ces personnes pour qui l’on crée et qui n’ont pas été consultées. Nous, designers, avons une réelle responsabilité envers l’intérêt du citoyen, bien plus qu’envers l’intérêt du commanditaire.

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