Graphisme & interactivité Blog sur le graphisme, le design et la créativité numérique, par Geoffrey Dorne 2016-08-24T10:25:04Z https://graphism.fr/feed/atom/ https://graphism.fr/wp-content/uploads/2016/03/favicon-220x220.png Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Mozilla et l’open design]]> https://graphism.fr/?p=619677951 2016-08-24T10:25:04Z 2016-08-24T10:25:04Z mozgif

J’imagine que certain(e)s d’entre vous sont encore en vacances mais je souhaite aujourd’hui attirer votre attention sur la récente opération d’open design organisée par Mozilla. Vous connaissez la fondation Mozilla, autant pour ses outils comme Firefox ou Thunderbird mais aussi pour son design généralement de qualité, son souci de certains détails et son univers graphique parfois décalé. Pour avoir eu la chance de travailler il y a quelques années au sein de Mozilla, à Paris ainsi qu’en Californie, j’ai pu voir l’exigence des designers et la place que le design pouvait prendre au sein de Mozilla et cela était plutôt plaisant !

Mais voilà, récemment, on a pu lire la nouvelle, Mozilla a lancé un projet tourné vers l’open design, autrement dit, vers la communauté. Ainsi, c’est via la communauté que Mozilla s’est tourné pour mettre à jour leur identité de marque. Tout le monde est invité à créer, à contribuer, et ce sont les commentaires des internautes sur les travaux réalisés qui pourront faire émerger la meilleure identité visuelle possible.

Ou pas.

Parce que oui, sont en lice un ensemble de plusieurs logos, je vous laisse les découvrir plus bas, et les avis de chacun (souvent du j’aime / j’aime pas) ne se sont pas fait attendre, notamment sur Twitter. Mais avant de découvrir ces logos, n’hésitez pas à consulter la page de Mozilla sur l’open design. Cette page très intéressante rappelle les quatre étapes de l’open design pour Mozilla :

  • L’idéation : il s’agit d’une phase d’exploration des différentes directions basées sur la stratégie, le positionnement et la personnalité de la marque Mozilla. Dans cette phase initiale, les équipes de Mozilla sont ouvertes à toutes les idées possibles.
  • La conception : il s’agit d’une phase dans laquelle les équipes de Mozilla sélectionnent quelques concepts, les partagent en ligne et invitent les designers et les non-designers à dire ce qu’ils en pensent.
  • Le raffinement : il s’agit ici d’un travail plus contraignant, plus précis et ciblé afin de tester les différents concepts pour déterminer quels sont ceux qui fonctionnent le mieux auprès des communautés de Mozilla, auprès des campagnes de communication, auprès du grand public, etc. À la fin de cette phase, il est censé avoir une sélection finale.
  • L’orientation : ici c’est la production du contenu et sa déclinaison pour l’usage. Sont créés des guides de style et tout une campagne qui cherche à présenter la nouvelle marque dans le monde entier.

Les logos de Mozilla créés dans un processus d’open design

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Chaque logo est détaillé et commenté sur CreativeReview, mais à première vue, aucun ne détrône le logo actuel. Pire, la plupart des logos n’ont aucun concept, sont mal composés, sans parler de l’harmonie des couleurs, de la complexité de certains et de la platitude des autres. Et pourtant, les bonnes volontés qui ont participé à la création de ces logos ont sûrement fait de leur mieux, je pense qu’il ne faut pas critiquer ces participants. Alors, est-ce dû à l’open design ? Est-ce dû au brief de départ ? Est-ce que Mozilla aurait dû faire appel à une agence ? Est-ce qu’un petit miracle se produira entre temps et d’un de ces logos naîtra quelque chose à la hauteur de l’image de Mozilla ?

L’open design

Je ne suis pas vraiment expert en open design mais l’on se réfère à la définition de Wikipedia, l’open design consiste en la conception de formes de design (ça peut être donc… à peu près tout) à partir de connaissances partagées publiquement et d’outils open source. La définition se poursuit aussi dans le fait que l’open design permettrait de concevoir le produit final par les utilisateurs, plutôt que par un intervenant externe ou une entreprise privée. Mozilla n’est pas le premier à se lancer dans ce domaine, je vous parlais il y a quelques temps sur Twitter du projet open design de Captown, ou encore de cet ensemble d’objets modulables et open source réalisés par un designer.

Enfin, je ne suis pas le seul à savoir que faire « voter » un logo sur Internet est une mauvaise idée (non-connaissance des enjeux, des techniques, de la qualité du logo, etc.). Ainsi, peut-être que pour intégrer la communauté directement au cœur du processus, Mozilla aurait pu proposer à sa communauté de choisir parmi une sélection de designers / d’agences (avec leurs projets) ? Ou alors sélectionner parmi sa communauté, les participants qui pourraient rencontrer les designers de Mozilla, être épaulés, et construire ensemble, plusieurs logos autour de la même table ? L’écoute de la communauté est primordiale, autant dans son expertise (je suis sûr qu’il y a dans la communauté Mozilla des professionnels de la typo, de la couleur, de l’identité de marque…) que dans son regard curieux et éclairé.

Bref, je sens que l’open design n’a pas fini de me questionner encore longtemps, en attendant, rendez-vous dans deux semaines pour voir les résultats de ce projet d’open design pour Mozilla.

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Graphisme d’Arménie]]> https://graphism.fr/?p=619677852 2016-08-23T10:22:35Z 2016-08-23T10:22:35Z 10

Si vous me suivez sur Twitter, Facebook ou sur Instagram, vous avez sûrement dû voir ces dernières semaines que j’étais parti faire un trek dans les montagnes en Arménie. À cavaler dans hauts sommets, en autonomie avec Gayané, autant vous dire que ça a été éprouvant et magnifique à la fois. Des rencontres humaines avant tout (des bergers arméniens, des familles Yézidis qui vivent dans yourtes, des ouvriers qui travaillent sur des chantiers au beau milieu de nulle part…), des rencontres avec la beauté des paysages (je vous passe les descriptifs des montagnes, des lacs, des oiseaux, des plantes…) et aussi des rencontres esthétiques et graphiques en revenant à Yérévan, la capitale de l’Arménie (un peu plus d’un million d’habitants).

C’est cette rencontre graphique dont je voulais vous faire part au travers de quelques photos et de quelques commentaires. Pour les curieux de montagnes, je vous renvoie sur mes albums Flickr dédiés à l’Arménie.

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(Un berger à cheval croisé dans la montagne)

L’alphabet arménien

Tout d’abord, il faut savoir que l’Arménie à son propre alphabet, avec trente-huit caractères, des ligatures et ses enluminures également. Dessiné en 405 par Mesrop Machtots, un moine, cet alphabet est une des grandes fiertés des arméniens. Il aura été aussi pour moi un moment de fascination, autant par sa forme et sa richesse que par les variations graphiques dont il fait preuve (les lettres majuscules étant souvent très différentes des lettres minuscules, je ne vous raconte pas la difficulté pour apprendre l’alphabet).

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Graphisme de pierre

L’Arménie est aussi connue pour sa longue et fabuleuse tradition de graveurs. Sur bois ou sur pierre, les motifs s’expriment, les mots aussi, sous des formes toujours ornementées, composées et intelligemment disposées. On en trouve dans les églises bien évidemment mais également sur certains frontons de bâtiments ou encore sur des plaques commémoratives et autres gravures bien plus contemporaines. Pour aller plus loin que la citation latine qui dit « Verba volant scripta manent » (« les paroles s’envolent, les écrits restent »), la gravure sur pierre semble éternelle. En voici quelques exemples, de toutes les époques.

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Le graphisme contemporain

À l’origine, l’Arménie est empreinte d’une culture de la parole, du chant, de la transmission par le verbe. Cependant, la modernisation du pays suite à la sortie de l’Union Soviétique aura eu force de pousser le langage visuel. Les logos sont traduits avec l’alphabet arménien, les enseignes des boutiques comprennent – comme partout – des mots mis en avant, parfois des pictogrammes mais pas tant de choses incroyables. J’ai donc essayé tant bien que mal de glaner des images graphiques, symboles, pochoirs, affiches et autres éléments qui auront su attirer mon attention. En voici quelques-uns.

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Le Madenataran, une bibliothèque unique

Dans mes découvertes, j’en ai profité pour me rendre au Madenataran, aussi connu sous le nom d’Institut Machtots de recherches sur les manuscrits anciens. Ce lieu est extraordinaire de par la qualité des documents qu’ils présente mais aussi grâce au fait qu’il s’agit d’un ds plus riches dépôts de manuscrits et de documents au monde (ce lieu est inscrit au registre international Mémoire du monde de l’UNESCO). Autant vous dire que c’est un véritable plongeon dans l’écriture, dans les manuscrits, dans les anciens savoir-faire qui se présentent dans ce lieu.

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Quelques mots pour conclure, ce fut un magnifique voyage, dans la tête comme dans les jambes, les yeux et le cœur et j’invite chacun à découvrir ce pays vraiment méconnu qu’est l’Arménie, que vous aimiez la culture, la nature ou les rencontres humaines, vous serez bien occupés ! 🙂

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Comment faire un autoportrait par jour avec son smartphone ?]]> https://graphism.fr/?p=619677836 2016-07-20T08:58:26Z 2016-07-20T08:58:26Z opalka gif

Vous connaissez peut-être Roman Opalka, ce peintre et photographe franco-polonais qui aura consacré toute sa vie à inscrire la trace irréversible du temps. Au travers de peintures sur toile, d’autoportraits photographiques et d’enregistrements sonores de sa voix, il aura ainsi, chaque jour de sa vie, construit son œuvre interminable.

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Les portraits de Opalka

Vous avez également déjà dû voir ces incroyables vidéos dans lesquelles une personne se prend en photo chaque jour pendant six mois, un an, cinq ans ou toute une vie… Le résultat est surprenant et côté technique, on voit que ça n’a pas dû être facile à réaliser tous les jours.

Je découvre donc une drôle d’application qui s’intitule Everyday App, et qui permet de prendre une photo – précise – de vous-même tous les jours. L’idée est aussi d’avoir une petite notification à un temps donné ou alors à un moment différent chaque jour. L’application vous permet ensuite d’aligner votre visage pour qu’il corresponde au positionnement de la photo de la veille et ensuite de faire une longue vidéo de toutes ces photos.

Comment faire un autoportrait par jour avec son smartphone ?

L’interface de Everyday App

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L’application permet aussi de faire plusieurs timelines, si vous voulez prendre votre portrait chaque jour mais aussi celui de votre fille, de votre hamster ou de votre plante verte, pourquoi pas, c’est possible ! Autre fonctionnalité intéressant, l’application peut vous rappeler de faire votre photo, pas uniquement en fonction de l’heure qu’il est mais aussi en fonction de là ou vous vous trouvez ! Ainsi, à chaque fois que vous traversez le parc en rentrant par chez vous, clic clac, merci Kokak 😉

Si vous n’êtes pas adepte du selfie, plantez un arbre et prenez-le en photo chaque jour, ou alors assumez le rangement quotidien de votre bureau, faites un dessin gigantesque qui évolue chaque jour et prenez-le en photo ! Si ça vous tente, l’application est disponible, directement sur l’Apple Store !

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[L’enjeu du design industriel en 1980]]> https://graphism.fr/?p=619677824 2016-07-18T15:33:14Z 2016-07-18T15:33:14Z pince

Il y a 35 ans, au Centre de recherche sur la culture technique de Neuilly-sur-Seine, deux chercheurs, messieurs Gaudin et Vendeuvre rédigeaient ce texte fort instructif sur les enjeux du design industriel en 1980. À la lecture de ce document, on replonge dans une belle époque du design (même si je ne l’ai pas connu n’étant pas né en 1980). Vous allez le voir, sont abordés les sujets du succès de l’industrie automobile française grâce à son design (oui, c’était dans les années 80), de la firme allemande Braun (rasoirs, produits de toilette, appareils ménagers…) issue de l’école d’Ulm ou encore le succès du meuble italien via l’apport de jeunes créateurs rencontrés à l’exposition triennale de Milan.

xlUn appareil d’enregistrement de l’époque

Le document revient égalements sur Kickers, Moulinex, Seb ou encore Calor, autant de marques qui ont fait le succès de produits de qualité.  À noter également que, selon le Cabinet R. Loewy de l’époque : « si l’industrie française arrivait à dépenser pour le design 2 % de ce qu’elle dépense en publicité, on assisterait à une amélioration sensible de la qualité de ses produits. »

Un peu comme aujourd’hui en quelque sorte 😉

L’enjeu du design industriel en 1980

[ télécharger le PDF ]

On appréciera également le fait historique du 23 juillet 1980, dans lequel lors du Conseil des ministres, M. André Giraud avait fait une communication entièrement consacrée à ce sujet où il soulignait ceci : « Dans tous les pays, les consommateurs sont sans cesse plus attentifs aux qualités fonctionnelles et esthétiques des produits qu’ils achètent. Aussi, dans la concurrence internationale, l’esthétique industrielle constitue-t-elle avec l’innovation technologique un enjeu de premier rang pour le développement de nos entreprises sur le marché intérieur comme à l’exportation.» Une façon de souligner l’importance majeure du design mais aussi le besoin d’initiatives nouvelles du côté du gouvernement.

Un mouvement envers la création nécessaire à mes yeux, et d’autant plus nécessaire pour, comme le dit Edgar Morin « cultiver la fraternité et l’unité au sein de la population et tonifier le principe d’identité partagée… » et vivre ensemble.

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Geoffrey Dorne https://graphism.fr <![CDATA[Design : introduction à l’histoire d’une discipline]]> https://graphism.fr/?p=619677818 2016-07-18T07:48:07Z 2016-07-18T07:48:07Z midal

Je ne connaissais pas Alexandra Midal jusqu’à ce que je déniche ce petit ouvrage. J’aime les livres de poche car ils m’impressionnent toujours moins qu’un gros pavé de 600 pages et pourtant je les considère plus souvent comme des « livres-outils », vous savez, ces livres qu’on annote, qu’on corne, dans lesquels on s’accorde le luxe de revenir en arrière. Et bien « Design : introduction à l’histoire d’une discipline » fait partie de ces livres. Loin d’aborder avec lourdeur ce qu’est le design, cet ouvrage retrace d’une façon limpide, non linéaire et emplie d’anecdotes l’histoire… enfin, les histoires, du design.

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Résumé de l’ouvrage

« C’est avec la rationalisation de l’organisation de la cuisine, pensée en 1841 aux États-Unis, que le design trouve son origine : l’agencement de la maison et des tâches à y accomplir doit être modifié rationnellement pour non seulement soulager le travail des femmes mais aussi démontrer le bien-fondé de l’abolition de l’esclavage. Dès sa naissance, le design affirme une vision politique du monde. Pourtant c’est l’Exposition universelle de Londres de 1850 qui lance le design en tant que discipline à part entière. Mi-XIXe, la révolution industrielle européenne pousse les Britanniques à s’interroger les premiers sur les conséquences du progrès technique. Ancré dans l’économie, le design apparaît comme une réponse à l’industrialisation et à ses conséquences désastreuses sur le plan social : il entreprend d’abord la réconciliation entre l’art et la vie avant de se proposer de réformer les champs politique, social et artistique. En tentant de donner des formes au progrès contemporain et industriel, l’histoire du design se confond dès lors avec le mouvement moderne et ses utopies, devenant l’agent le plus visible d’un bonheur collectif jusqu’à nos jours… »

Dans l’ouvrage, le design y est présenté en tant que discipline transversale et Alexandra Midal revient aussi sur les débats terminologiques en dressant un paysage qui, depuis la fin des années 1960, fait sans cesse osciller la sémantique concernant le mot design et l’activité du designer. Elle reviendra petit à petit d’hier jusqu’à aujourd’hui sur la question de l’apparition du design jusqu’à la recherche (contemporaine) en design et de la vague que prend celle-ci (pour le meilleur et pour le pire).

On y retrouve Morris et sa politique du design, l’engagement historique du design comme un acte féministe et abolitionniste avec Catharine Beecher ou encore Ruskin et la dimension morale, économique et politique du design. De quoi s’ouvrir à l’esprit du design et la grandeur que cette discipline embrasse.

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