Hello 🙂 Ça fait un bail que je n’ai pas écrit sur mon blog mais ne vous en faites pas, je ne suis pas mort, j’ai juste fait le plein de changements dans ma vie ! Voilà plusieurs années que je questionne l’environnement numérique en tant qu’espace intangible mais qui pourtant possède des répercutions sur le vivant, sur la planète, sur la biodiversité… sur des espaces tangibles. Nombreux sont les articles qui disent que le numérique, Internet et le web émettent des gaz à effets de serre et donc que toute cette immatérialité (apparente) contribue à détruire notre environnement. Vous en avez sûrement déjà lu. Je ne reviendrai pas sur le sujet.

Alors faut-il arrêter d’aller sur Internet ? Faut-il arrêter de faire des sites web ? Le métier de webdesigner (et de designer dans son ensemble, mais ça, je reviendrai dessus avec d’autres articles) est-il condamné à disparaître… ou pourquoi pas à se réinventer ? Si oui, pour faire quoi ? Et comment ? Toutes ces questions, je me les pose, et chaque jour, je me demande s’il ne vaudrait mieux pas mettre un bon nombre de projets et d’actions sur pause (ou sur stop) pour éviter d’être contre-productif et éviter de détruire ce qu’il reste à détruire.

Sur cette question des sites web, j’ai donc cherché ce qu’on pouvait faire du côté du low-tech (les technologies légères, peu gourmandes en énergie, parfois réalisées avec des techniques et matériaux anciens…), et qu’est-ce que serait un site web low-tech. Il y a plusieurs ressources déjà écrites en anglais disponibles en ligne comme :

Quelques idées pour faire un site low-tech

Globalement pour faire un site low-tech, à savoir : qui ne consomme pas trop de ressources, qui est léger on peut :

  1. Déjà : se poser la question de l’utilité de ce qu’on va mettre sur Internet. Si vous saviez le nombre de choses que j’ai uploadé en ligne (des sites, des documents, des photos, des vidéos, de la musique, etc.) sans même penser au fait que tout ça consomme de l’électricité. Si finalement, vous estimez que ce que vous allez déposer sur Internet n’en vaut pas la peine, pensez à la planète et gardez-le bien au chaud sur votre disque dur 😉
  2. Héberger son site sur un serveur qui consomme trois fois rien (ou un serveur alimenté avec une éolienne, un panneau solaire, etc.)
  3. Laisser tomber les CMS usine à gaz et les bases de données ultra lourdes (quoiqu’il existe aujourd’hui des thèmes pour WordPress qui sont ultra légers paraît-il)
  4. Ne surtout pas abuser des javascript hyper lourds, essayer de rester sur du HTML/CSS
  5. Utiliser moins d’images, et essayer de les compresser le plus possible. J’ai vu par exemple des images, petites, en PNG, en deux couleurs, mais qui étaient étirées et positionnées sur un fond de couleur générées en CSS. Malin !
  6. Minifier son code (il y a des outils en ligne pour ça)
  7. Minimiser le nombre de pages que l’on crée
  8. Éviter les animations pas toujours utiles (mais souvent très à la mode)
  9. On peut aller plus loin aussi en imaginant que le site qu’on est en train de concevoir aura une date d’expiration. Ou que certains contenus disparaîtront dans 1 semaine, 1 mois, 1 an…
  10. On peut aussi imaginer que son site a une jauge de poids limitée. Ainsi, lorsque l’on fait rentrer du contenu, il faut en faire sortir pour ne pas dépasser cette jauge.
  11. On peut utiliser des typographies qui sont en local sur les machines des gens. À savoir, de l’Arial, du Courrier, du Times, du Verdana, etc.
  12. Ne pas mettre de Google Analytics, pas de Cookies, pas de publicités, etc. Toutes ces choses consomment des ressources.
  13. Imaginer et concevoir des sites uniquement en texte, comme certains journaux anciens
  14. Je suis sûr qu’il y a encore tout un tas d’idées, je compte sur vous !

Quelques exemples de sites « low tech »

En attendant de passer moi-même sur un blog encore plus léger et moins gourmand en ressources, en stockage aussi, voici quelques sites que j’ai pu trouver. En aucun cas ils ne sont « exemplaires » mais ils sont à mes yeux, des pistes intéressantes pour différentes raisons que je vous détaille ci-dessous. Parfois, vous le verrez, je parle d’esthétique « low tech » – indépendamment du poids du site. En effet, je pense qu’il y a parfois de bonnes idées à piocher dans les sites qui ont des images en pixels, qui utilisent de l’ASCII, qui ont des interfaces simplifiées, etc.

  1. La Small Tech Foundation de Laura Kalbag et Aral Balkan: http://small-tech.org : un site ultra léger, pensé en amont pour être low-tech.
  2. NODE : https://n-o-d-e.net/ un site à l’esthétique très minimaliste mais très propre pour autant, avec un contenu texte et vidéo
  3. Los Angeles Ends : http://www.losangelesends.com un site un peu trop lourd à charger hélas mais qui se base sur quelques principes du low tech et qui offre une esthétique vraiment plaisante dans cet univers (pixels, typo, qui va droit au but…).
  4. Notre site Hackstock_ : https://hackstock.net/ (podcast que j’anime avec mon acolyte Jérémie Fontana) et qui utilise plutôt efficacement le manque d’effets et de moyens techniques pour créer un univers singulier.
  5. Le site du MUCEM : http://www.mucem.org/ – Très original pour un site de musée, tout est basé sur la typo, quelques filets et parfois des images. Là encore, de bonnes idées à prendre.
  6. 10kb Website : https://www.10kb.site/ Ça n’est pas juste un site, c’est avant tout un service qui vous permet d’héberger des contenus textes, tant qu’ils sont inférieurs à 10kb tout en sachant qu’ils seront détruits au bout de 24h. Un concept intéressant donc.
  7. Le Bare Project : https://bare.eco/ est un site qui a pour objectif de promouvoir de nouvelles habitudes de consommation, plus responsables. Le site est un très bon exemple de site low-tech, vous verrez par vous-même.
  8. La Campagne Responsable de Biocoop : https://web.archive.org/web/20160316095855/http://www.lacampagneresponsable.fr/ – qui avait réalisé jadis l’intégralité de son site en ASCII
  9. LowTechMagazine qui est LA référence en la matière : https://solar.lowtechmagazine.com/
  10. Le site Fisk Solar : http://fisksolar.ddns.net/ qui reprend les principes détaillés par LowTechMag afin de réaliser son propre site web.

Conclusion

En vrac, j’aurais pu aussi citer le thème Worpdress Sustainable WP, citer Wikipedia évidemment, Sustainable UX, txti, Craiglist, ou encore le merveilleux site du Gouvernement Britannique !

Je sais au fond de moi que la meilleure action low-tech c’est déjà de ne pas surcharger le web avec du contenu inutile, lourd, de blinder des serveurs avec des millions de photos, etc. C’est ensuite de penser tout de façon plus légère et pour certaines choses, faire qu’elles soient moins durables, qu’elles s’effacent avec le temps. Je sais enfin que ce blog n’a pas encore été pensé ainsi mais aujourd’hui, l’intégralité des projets numériques sur lesquels je travaille (outils, sites web, interfaces en tout genre…), je prends en compte :

  • La pertinence du projet (s’il mérite d’exister ou pas.)
  • Évidemment tout ce qui fait le design d’interface, l’utilisabilité, l’esthétique, la poésie, la compréhension, la radicalité, l’usage, etc.
  • La vie privée des utilisateurs
  • L’accessibilité
  • L’ouverture du projet (licences opensource, etc.)
  • …et maintenant l’empreinte carbone de ce que je produis.

En tant que designer, je ne prends pas du tout ça comme des contraintes mais comme des terrains d’exploration et comme énormément d’opportunités pour renouveler le web, les interfaces et le numérique qui nous entourent.

Enfin, je suis curieux de savoir où vous en êtes avec tout ceci et n’hésitez pas non plus à partager vos sites « low-tech », ils sont les bienvenus.




17 commentaires

  1. Merci pour ton article, toujours de qualité et pleins de bon sens 🙂

    Au niveau réflexion, j’en suis ni plus ni moins à une conclusion assez ressemblante de ce que tu as pu écrire. Le but d’être designer de nos jours ? Tout détruire sur un bouton n’est pas la bonne solution, et pourtant on sait qu’une évolution majeure arrive et nous pouvons décider d’en faire parti. D’ailleurs le but d’un.e designer.eure n’est-il pas d’influer sur cette évolution, de faire parti de la réflexion ?
    Donc une évolution, avec des étapes, et des outils / méthodologies qui évoluent. Je suis en train de « créer » (oui les guillemets ont du poids car je m’appuies forcément sur des jeux existants et des principes cognitifs) des ateliers où on vient, à partir de données existantes issues d’événements dénués de jugement (récents et non récents) sur lesquelles on s’appuie pour imaginer l’avenir et comment notre future solution va venir s’intégrer. Le but est d’éviter des dérives, pas uniquement climatiques, mais aussi humaine.
    Ce qui m’a amené à ces conclusions : le design est éthique par nature, et l’influence du marketing dans des grands groupes influents aux USA (pour ne pas les citer) est lourde. Ils sont venus créer des standards basés sur l’exploitation de nos biais psychologiques qui rendent leurs utilisateurs.trices inoffensifs.ves, voire totalement possédé.es par leurs solutions.

    En tout cas j’interviens en école sur ce sujet où je me propose de remettre en question, et c’est ma démarche pour participer à cette évolution : éprouver de nouveaux outils et nouvelles façons d’aborder des sujets, telle que remettre en question l’utilité de refaire un site qui fait toujours la même chose, et remettre en question tout ce qui a été fait et profiter de faire de la recherche utilisateur régulièrement pour prendre du recul sur les « dégats » que certains services ont pu entraîner. Embarquer les futur.es designers.eures dans cette construction en commençant par des réflexions, puis de la mise en pratique.

  2. Hello,
    Super article comme toujours !
    Tu parles d’éco-conception de services numériques où il est question d’être le plus efficient possible et de militer contre « l’obésilogiciel » (l’obsolescence programmée du à des logiciels, applications, et sites de plus en plus gourmand). Je vous conseille aussi d’ailler faire un tour sur le site de https://www.greenit.fr/ et de https://collectif.greenit.fr/.
    Des bisous à tous.

  3. WoW merci pour ça.

    Par contre il faudrait penser à tout le traffic hors web, type p2p, Netflix et j’en oublie. Il faudrait étudier les chiffres.

    Mais acheter un DVD en plastique ou le regarder en streaming, qu’est-ce qui pollue le plus ?

    Puisque tu semble passionné par le sujet je te supplie de regarder cette conférence un peu aride mais passionnante :
    https://youtu.be/2JH6TwaDYW4

    Tu verras que le problème est encore plus grave et complexe que ce qu’on dit partout et pour moi ce web low tech arrivera de grès ou de force.

  4. .. et les réseaux sociaux : quel est le débit de Facebook ? De YouTube ? Insta ? Le principe même de ses plateformes va à l’encontre même de cette décroissance en favorisant l’addiction et la production de contenus vidéos par tout à chacun !

    1. Tout à fait !
      Les recherches sur google : 660 tonnes de CO2 émis chaque jour.
      Consultation de vidéo youtube : 600 tonnes de CO2 émis chaque jour
      Gmail : 1,08 million de CO2 par an
      Facebook utilise 1 035 000 000 KWh (serveurs)
      Netflix : 50 tonnes de CO2 chaque jour
      Les sources de ces chiffres viennent directement de google, facebook, etc, sauf qu’ils communiquent de manière à ne pas prendre en compte les chiffres : regarder une vidéo représente qu’un gramme de CO2. Mais en multipliant ce chiffre par le nombre d’utilisateurs total, ça devient énorme.

      Le numérique représente 12% des émissions de CO2 et représenterait (car plusieurs sources ne sortent pas les mêmes chiffres) 15% de l’électricité mondiale.

      1. Bonjour Guillaume,

        Attention, le chiffre de 12 % est très exagéré (source ?) et ce n’est pas du CO2 mais plusieurs gaz à effet de serre exprimés en « équivalent CO2 ».

        Dans notre dernière étude, la plus vaste et complète à date sur le sujet, nous estimons que tout le numérique mondial, en cycle de vie complet (de la fabrication des équipements à leur fin de vie), pèse 3,8 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

        Cf : http://greenit.fr/empreinte-environnementale-du-numerique-mondial/

        L’essentiel des émissions est lié à la fabvrication des terminaux utilisateurs.

      2. @Frédéric Bordage

        Interessant, est-ce que vous avez des projections sur l’augmentation dans 10 ans ? J’ai lu quelques part que dans 10 ans la streaming polluera plus que l’automobile (je ne trouve plus la source).

        Via Greenpeace (qui sont loin d’être mes copains vu qu’ils se battent contre le nucléaire ce qui est une hérésie totale et dangereux… mais bref) :
        En 2015, le streaming vidéo a capté 63 % du trafic web mondial. Alors que les services de Netflix sont en pleine expansion, ce chiffre devrait atteindre 80 % en 2020. Netflix, géant du streaming vidéo, a toujours recours à des énergies sales, comme le charbon.

  5. Bonjour,
    Et pourtant le web apparaissait comme une alternative au tout papier (qui reste l’une des industries les plus polluante.). Mais comme toujours Sapiens ne peut rester dans la modération et la surenchère est devenue la norme.
    La réflexion, je l’ai comme vous tous et je crois que l’essence même de notre métier (graphiste, designer, publicitaire) c’est la pollution. Je vous revoie au livre de Michel Serres « le mal propre » .
    Je ne sais pas quelle est la solution, ni s’il y a une, pour ma part celle vers laquelle je vais est d’arrêter le numérique et de faire avec mes mains.

  6. Oui ! Basse consommation partout.

    Autrechose : pas de possibilité d’abonnement RSS, ici ? !
    Ça permet pourtant d’éviter la dispersion au large de ses précieuses coordonnées, malheureusement jamais perdues pour tout le monde.

  7. Article très interessant, avec quelques ressources à tester (notamment le theme WordPress Susty WP que je vais creuser. Merci pour le partage ;-)).
    Je rajouterai aussi que l’empreinte énergétique de l’industrie numérique ne se résume pas qu’aux sites internets, et, outre les lignes de codes HTML ou les images qui sont intégrées sur les sites, les data serveurs hébergent également pléthore d’emails et d’autres ressources dont il convient également de limiter l’usage :
    – Selon le dernier rapport du ShiftProject, la vidéo a une empreinte carbone aussi grande qu’un pays comme l’Espagne. Il est assez simple d’adopter des comportements vertueux en, par exemple, privilégier écouter un podcast plutôt qu’une vidéo pour économiser de la ressource (ou préférer écouter de la musique sur Deezer / Spotify que sur Youtube).
    – Les emails polluent beaucoup également. J’ai déjà écrit un article là-dessus que je me permets de remettre ici : https://www.linkedin.com/pulse/vos-emails-polluent-mais-il-est-possible-de-réduire-leur-mayoux/
    – Sur le Cloud, il est également important d’avoir une bonne hygiène (ne laisser que les docs/ fichiers dont on a réellement besoins – les dernières versions par exemple – sur Google Drive ou Dropbox.

  8. Hello,

    Article intéressant, surtout pour présenter ta prise de conscience.

    De mon côté, je suis plus du côté développement. Ça fait une paire d’années que je travaille avec des outils comme Hugo ou Jekyll dans le but de baisser la complexité système pour générer des pages.

    La construction d’un site va au delà de la mise en ligne d‘une page HTML. On peut échanger, manipuler, mettre à disposition des données (API de contenu) entre sites… faire de l’édition offline.

    Si tu as besoin de conseils à ce sujet, je suis très bien placé pour t’aider.

  9. Bonjour, je m’intéresse aussi au sujet et me pose beaucoup de questions.
    Pour rebondir juste sur l’idée du point 3 concernant les CMS, il faut dire qu’il est souvent difficile de s’en passer pour beaucoup de raisons, notamment liées à la nature des services Web proposés (sauf de se passer de ces services). Il faut rappeler aussi que le créateur de site Web n’est pas souvent celui qui le fait vivre par la suite et qu’il est difficile d’imaginer déployer une solution compliquée concernant la mise à jour. Je crois que le CMS WordPress est utilisé par plus de 30% des sites à travers la planète (dont celui-ci). Pour ne parler que de lui, il existe des solutions simples afin de s’en servir pour générer des sites statiques au final (sans bases de données, limitant les sollicitations vers le serveur, ect…). Du coup, l’utiliser comme un logiciel d’administration du contenu (ce qu’il est) et de génération de sites statiques (ce qu’il devrait proposé par défaut, sans l’ajout d’un plugin)… En appliquant à la lettre les autres points, ce serait déjà un bon début. Cela ne peut pas s’appliquer à tous les sites Web, mais une bonne partie tout de même.

  10. @lexington

    <>
    Non. Nos projections s’arrêtent à 2025 (soit 5 ans de projection). Après, c’est trop de la science fiction. Nous nous appuyons sur les chiffres de ventes et sur les prévisions de ventes de chaque type d’équipements : smartphone, ordinateur, TV, etc.

    <>
    C’est complètement délirant. Les voitures sont la deuxième source d’émissions de GES dans le monde. En Europe, elles représentent 30 % de nos émissions [1] . Tout le numérique, c’est 3,8 % de nos émissions de GES [2]. Aucune chance que le streaming représente plus que quelques % des émissions anthropiques, même à l’horizon 2050 !
    [1] https://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/society/20190313STO31218/emissions-de-co2-des-voitures-faits-et-chiffres-infographie
    [2] http://www.greenit.fr/empreinte-environnementale-du-numerique-mondial/

    <>
    Dans 1 heure de streaming sur son écran de salon, le gros de l’impact est lié à la fabrication de l’écran et à sa consommation électrique, pas aux serveurs de Netflix. [3]

    [3] https://www.greenit.fr/2019/07/22/%ef%bb%bfvideo-en-ligne-quels-impacts-environnementaux/


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