Le graphisme n’est pas un métier d’art(isanat) ?

Depuis hier, j’ai reçu quelques mails me partageant le récent texte du site de l’Institut-metiersdart.org qui présente la publication de la nouvelle liste des métiers d’art. Dans cette publication, il est fait état de loi du 18 juin 2014 relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises. Cette nouvelle liste des Métiers d’Art a été signée par le ministre de l’Économie, de l’industrie et du numérique, Emmanuel Macron,  la ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin,  et la secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire, Martine Pinville. Du sérieux donc 😉

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Liste des Métiers d’Art 2016


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Dans cette liste, on y retrouve pas moins de 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités recensées au total. À noter que 39 métiers et 39 spécialités ont été ajoutés à la liste de 2003, comme par exemple : émailleur sur lave, malletier, fresquiste, guillocheur, feutrier, restaurateur de cuirs. Des métiers d’art donc. Cependant, ce qui sembler en énerver plus d’un et provoquer de vives réactions, c’est la phrase suivante :

« Certains métiers, qui n’étaient plus en adéquation avec la définition d’un métier d’art tel que défini par la loi du 18 juin 2014 ont été supprimés de la liste. Exemple : les métiers de graphiste et infographiste, entièrement numériques, ne répondent pas au critère de travail de la matière qui définit un métier d’art.»

Quelques réactions sur Twitter


À la première lecture, sans réfléchir, on comprend que graphiste et infographiste, étant des métiers « entièrement numériques » ils ne peuvent pas être des métiers d’art. Cela est faux, bien évidemment (on peut faire de l’art avec des pixels ou du code). D’une part, puisque le métier de graphiste et d’infographiste (ça se dit encore?) ne sont pas obligatoirement des métiers « entièrement numériques » (ça ne veut rien dire). Et d’autre part, on peut évidemment être graphiste et faire de l’art avec son savoir-faire. Cependant, après une seconde lecture et quelques recherches, je comprends que ce référentiel ne concerne que les métiers d’art et les artisans et absolument pas les artistes auteurs dont font souvent partie les graphistes. Oui, on parle bien d’artisanat d’art… pas d’auteur ni d’art graphique.

Dans les faits, il faut donc bien faire la différence entre les maîtres d’art et les artistes auteurs. C’est peut-être délicat mais le référentiel des métiers, lui, semble bien faire la différence. Avec une autre approche, je trouve totalement absurde d’écrire que puisqu’un métier est numérique, il ne considère pas la matière et par conséquent, cela ne peut pas en faire un métier d’art. Pour connaître certains artisans dans le métal, la céramique ou encore l’impression, ils utilisent tous l’informatique à un degré de plus en plus élevé. Il paraît même que certains modélisent en 3D depuis leur ordinateur et font tout imprimer en céramique avec leur super imprimante 3D 😉 Mais bon… J’imagine que cela est encore un peu trop moderne pour être perçu dans ce référentiel. Lorsque cela arrivera, ces métiers d’art seront-ils déclassés ?

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Une jeune graphiste en plein travail 😉

En conclusion, cette confusion entre les maîtres d’art et les artistes auteurs et la colère qui en ressort révèle bien une chose : on a changé d’époque et les différents intitulés de métiers liés aux statuts sociaux semblent totalement arbitraires voire dépassés. De même, il y a encore énormément de travail à faire sur l’éducation à l’art et l’artisanat, sur ce qu’est l’art, sur ce qu’est le design également. La porosité entre ces deux domaines est passionnante et mérite un vrai échange entre des professions (ou des ministères?) qui souvent s’ignorent. Il y a aussi d’autres choses qui entrent en jeux comme la préservation de la tradition par exemple.

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Un maître d’art en 2020

Je vous invite aussi à réfléchir à la question du numérique dans tout cela. Pourquoi encore l’isoler comme un instrument à part entière ? Comme un outil qui déclasse une profession ?