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Avec le passionné de design Vincent Roméo du blog Esprit Design, nous nous sommes amusés à faire cet article « croisé » autour du sujet suivant : « Pourquoi le design ne sauvera pas le monde » – sujet que j’avais eu la chance d’aborder à Blend Conférence avec mon équipe de The Walking Web 🙂 Le sujet est pour moi une grande interrogation, pour Vincent, une façon de faire transparaître le design au travers ses différentes formes. Chaque paragraphe est écrit par l’un puis par l’autre.

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Design & éthique

Geoffrey : Le design rassemble étymologiquement deux notions : le dessin et le dessein. Ces deux mots dont la phonétique est quasi-identique semblent offrir une signification qui s’oppose. Tout le monde connait le dessin, l’acte créateur premier, primitif. Le second propose la volonté de faire quelque chose. Le mot design regroupe dans un même ensemble, la création et la volonté réalisatrice. Ce serait alors un mot-métier qui engagerait automatiquement son porteur, dans la mission d’agir sur un projet.

En quoi cette mission d’agir serait-elle déterminante dans le design ? Est-ce que cette mission est semblable à tous les designers ? Au fil des rencontres avec des designers, j’ai constaté qu’il y avait autant de missions de design que de designers. Parmi ces missions, certaines sont esthétiques, conquérantes, d’autres démocratiques, d’autres encore sont sociales ou philanthropiques.

Sauver le monde est-il une ambitieuse mission que bon nombre de grandes agences de design internationales se seraient fixées ? Serait-ce le point commun de toutes les missions de designers ? Est-ce une présomptueuse façon que les designers ont de regarder le monde ?

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De l’objet à l’inventeur

Vincent : Avant toute chose, posons dans un premier temps la question, Qu’entendons nous par sauver le monde ? Appliqué aux domaines abordés sur le Blog Esprit Design : objet, mobilier, automobile, architecture ce questionnement semble accessoire et dénué de sens… On pensera plus aisement au design orienté innovations, inventions et autres créations respectueuses de l’environnement, le tout visant à changer nos comportements et habitudes. Mais cela est-il réellement le rôle du designer ? Par une volonté forte de mise en avant de démarches éthiques, tout en anticipant nos besoins futurs, le designer dispose d’un pouvoir qu’il se doit d’utiliser à bon escient. Les innovations, celles ayant pour but non dissimulé de sauver le monde se comptent sur les doigts d’une main. De manière plus factuel, réduire notre impact de plus en plus dévastateur sur notre planete représente la meilleure piste.

Chaque designer tente d’utiliser des matériaux ayant un faible impact environnemental, mais entre business, éco-conception, énergie grise, recyclage, les vraies solutions sembles flous. Le designer peut se sentir chargé d’une mission, outre celle de faire du business, elle sera philanthropique, pour ne citer que quelques exemple, le jeune inventeur Boyan Slat imagine une solution permettant de nettoyer les océans des détritus et morceaux de plastiques toujours plus importants avant qu’il ne forme le 7ème continent. Autre projet marque, baptisé WarkaWater, une tour qui se charge transforme l’air en eau en captant la moindre humidité ambiente, permettant même au coeur des pays les plus chaud de créer de véritable points d’eau potable.

Où est alors la frontière entre inventeur et designer ? Le designer pourra influer sur notre monde en tentant de l’améliorer par sa vision et capacité d’anticipation. Voir plus loin, voir avant, analyser, des compétences essentielles chez le designer moderne le plaçant légitimement au coeur du marché qu’il se doit d’influencer dans sa limite de liberté laissée par les grands groupes ou marques prescripteurs.

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Pour une mission design ?

Geoffrey : Comme écrit précédemment, il y a autant de missions design que de designers. Il y a autant de rôles, de chemins à imaginer, d’innovations à réaliser grâce au design. J’aime à dire que, plutôt que de sauver le monde, le designer tente déjà à le rendre meilleur. Plus efficace, plus utile, plus logique mais aussi plus simple, plus poétique, plus doux, plus calme, plus chaleureux, plus amusant. Tout porte à croire que les possibilités sont infinies. Encore faut-il utiliser des processus propres au monde, des processus d’innovations qui sont appliqués à l’humain. Oublions les processus de design déconnectés des réalités contemporaines, des fantasmes ouest-américains, ces dystopies aux allures d’utopies.

Facilitateur, sage-femme, artisan et ingénieur, innovateur, perturbateur, qu’importe les rôles qu’on lui prête depuis maintenant près d’un siècle, designer est avant tout un métier généraliste et spécialiste, un métier polymorphe qui évolue au fil du temps. C’est pourquoi beaucoup essayent de le définir en vain. La recherche en design, par le design et avec le design comme enseignée et appliquée en France depuis quelques années semble offrir quant à elle des pistes intéressantes sur la mission du design, son implication, ses méthodologies.

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De la fin du beau

Vincent : Pour beaucoup le designer est là pour le beau, voir le pratique et surtout la pour trouver la meilleure alchimie possible entre ces deux notions trop souvent opposées. On nous a exposé lors d’une visite de l’ADN PSA, centre de développement des marques françaises Peugeot et Citroen, que le designer voit depuis quelques son rôle renforcé dans la conception d’une automobile. La tâche est bien aux designers de coordonner ingéneurs, styliste, techniciens, commerciaux, en véritable chef d’orchestre, c’est à lui de trouver les meilleures solutions, les compromis les plus efficaces.
Chaque rôle de designer semble se définir par son champs d’action et sa capacité à comprendre les savoirs-faire gravitant autour du projet à charge. On donne de plus en plus de pouvoir aux designers, tant dans la création que dans l’anticipation, dans les processus, et sa compétence à mener de nouvelles idées, à lui de s’en servir efficacement maintenant !

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L’habitabilité du monde

Geoffrey : Une mission commune fait ainsi le lien entre les designers de notre époque. Cette mission est celle que décrit Alain Findeli, professeur des universités à UNÎMES, où il est chargé de mission Structuration du design. Le design est donc, selon Findeli, une pratique de création orientée vers le futur et sous-tendue par une intention méliorative. Il s’agit alors de mettre la création au service de l’amélioration des conditions de vie, dans le but « d’améliorer ou au moins de maintenir l’habitabilité du monde ».

Maintenir l’habitabilité du monde, une façon de penser le design par et pour l’humain d’une façon humble et pluridisciplinaire.

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Du designer à l’inventeur

Vincent : Le designer imaginant une nouvelle chaise n’aura certes qu’un impact limité sur notre monde, un objet si simple ne pourra se targuer de révolutionner le monde, seul le confort, la fonction, les matériaux, coût et processus de fabrication pourront à leur échelle le faire évoluer. S’attaquer aux problèmes de société, problème de vie en imaginant de nouvelles habitudes mieux adaptées à nos quotidiens qui évoluent sans cesse… Là est le réel challenge du designer moderne qui se doit être avant tout un visionnaire. Ainsi comme beaucoup le font, toucher à de multiples domaines permet d’avancer, de globaliser, sa démarche tout en ouvrant sa perception. Une volonté qui doit mûrir chez chacun des designers, sans dénigrer ou catégoriser les créateurs n’ayant pas cette vocation d’ouverture et de concrétisation d’idée novatrices.

Nous pourrons alors diviser le monde des designers et créations, sans parler de domaine, il y a les projets en réponse à une demande client, puis les projets libres, imaginés par le designer influencé par ses propres convictions, ses envies et expériences. Le design est “beau” dans ce cas, quand la création est soumise à contraintes (matériaux, coût, distribution, attente public…), représente également de vrais challenges à ne pas dénigrer. « Un bon designer n’a peut-être pas toutes les réponses, mais il sait quelles questions poser ». – Rudy Duke

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Conclusion

Vincent : Il semble alors très clair que le design ne pourra effectivement pas sauver le monde, mais par l’intémédiaire des designers visionnaires tenter de l’améliorer, par des innovations, de l’anticipation et surtout de la sensibilisation. À vous d’agir Designers !

Geoffrey : Encore une fois, il est naïf de croire que le design est la discipline toute puissante, il n’en existe pas. Mais la structure même du design est résolument orientée vers une façon d’agir par le projet. Une façon sociale dans ses moyens puisqu’elle inclue l’humain, l’usager et les différents savoirs et compétences autour des projets mais aussi une façon sociale dans ses fins puisqu’elle vise la qualité de vie de chacun et du vivre ensemble.

Encore merci Vincent Roméo pour cet échange et ce regard croisé !




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