Ce matin, j’ai reçu un mail qui m’informait du tout nouveau projet signé PlumeLabs & DigitasLBi (une agence de « transformation digitale »). Vous connaissez certainement PlumeLabs, cette entreprise française très intéressante qui a pour but de nous faire comprendre la météo… de la pollution de nos villes ! L’idée est bonne puisqu’elle permet à chacun de se tenir informé mais aussi, grâce à des capteurs, de devenir porteur d’information sur la pollution de son quartier par exemple.

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Cependant, la dernière opération intitulée PigeonAirPatrol, me laisse un arrière goût de mauvaise campagne de com’. Rassurez-vous, nous ne sommes pas au niveau de ce que Wiko nous avait proposé l’an dernier, mais l’utilisation de pigeons comme des « supers héros qui survolent la ville » et la mise en avant de ces « justiciers des airs » me fait croire tout l’inverse. Le but de ce projet est pourtant en apparence assez original : on met des capteurs sur des pigeons pour qu’ils survolent Londres et afin de mesurer les taux de dioxyde d’azote, d’ozone et de composés volatils dans l’air afin de réaliser une cartographie. Réel projet de design ou campagne de communication ? Le projet possède aussi son compte twitter, son hashtag, son site Internet, ses petites vidéos en slow motion.

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Sur Numerama, Romain Lacombe, fondateur de Plume Labs, explique sa démarche : « La législation interdit de faire voler des drones au dessus des villes, il a fallu se rabattre sur une autre solution. On s’est arrêté sur les pigeons ». Pas de drones ? Donc des pigeons… normal. Heureusement qu’il existe des drones pour déminer les colis piégés dans les gares, le cas échéant, certains animaux auraient pris cher 😉

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Bref, ce qui me gène dans cela, ça n’est pas du tout la mission, il est tout à fait pertinent de mesurer le taux de pollution et de mieux comprendre pour mieux agir… Mais c’est l’exploitation animale – même à petite échelle – qui est faite pour cette campagne. Il est bien-sûr précisé que ces pigeons sont suivis par un vétérinaire et ils ont même des petits cintres pour poser leur sac à dos… Mais qu’est-ce que ces animaux en retiennent ? Qu’est-ce qu’ils ressentent ? Est-ce que cela est plaisant pour eux ? Pourquoi ont-ils des « jours de repos » ? Est-ce que c’est un réel projet de design ou une campagne de communication pour faire valoir un produit technologique ? Pourquoi ne pas plutôt faire porter ces capteurs à des gens ? Les installer sur des ballons à hélium ? Sur la grande roue de Londres ? Les installer sur des chaussures connectées ? Les installer sur les Santander Cycle ou les Barclays Bike (l’équivalent des Vélib à Londres) ? Les installer sur les mythiques taxis londoniens ?

Bref, utiliser des pigeons était-il vraiment indispensable ?

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Je sais qu’en posant ces questions, cela soulève bien évidemment la question de la cause animale en général, mais je voulais vous faire part de cela car le projet me plait vraiment… mais pas de cette façon là. J’espère que vous aurez aussi un avis sur la question. Peut-être vous posez-vous aussi des questions de ce type lorsque vous travaillez ? J’en connais certains d’entre-vous qui font attention d’utiliser des encres à l’eau, du papier recyclé, de ne pas faire de campagnes sexistes ou qui reposent sur des clichés dévalorisants… Bref, autant de questions que je me pose et dont je suis loin d’avoir encore toutes les réponses.




4 commentaires

  1. Beaucoup de com’ en effet.
    3 pigeons qui survolent Londres. 3 pauvres pigeons pour tout Londres, qu’on emmène à un endroit pour qu’ils retournent à un autre endroit. Comment sont-ils transportés ? en voiture ou en bus-métro ? à quelle fréquence ? d’où à où ? Et l’altitude ? il n’y aurait pas de différence entre au-dessus des bâtiments (les pigeons voyageurs ne volent pas au ras du sol) et 1,50 m du sol ?
    Bref, et sans parler de ce que ça coûte en argent et en CO2 et de qui paie, le dernier voyage du pigeon qui est passé (au-dessus ou à côté ou pas loin) de l’endroit où tu es, est-il vraiment significatif ?
    3 pigeons, ça irait pour Vierzon, mais 3 pour Londres !
    Les Parisiens ont Airparif qui donne les infos en direct, capteur par capteur. Il suffit d’avoir envie de lire les tableaux.

    Ce genre de com’ me fait penser aux charlatans qui vendaient des breuvages miraculeux.
    Décidément, le progrès n’est que technologique.

  2. Dans l’absolu, je ne pense pas que c’est une mauvaise idée.
    Si on avait utilisé des gens pour relever ces données, on aurait tout aussi bien pu crier à l’uberisation, au travail non rémunéré, au vol de données personnelles, etc (je fais juste le constat ici des réactions médiatiques et sociales sur chaque projet « disruptif »).
    A savoir que les pigeons sont bien moins idiots qu’on ne le pense, et quelque part les seuls vrais « êtres urbains » que l’on connaisse. En effet, dotés d’un sens de l’orientation presque infaillible et d’une mémoire visuelle forte, ce n’est pas pour rien qu’ils ont servi de messagers pendant longtemps. Je me rappelle également d’une campagne de livraison d’une marque de chaussures qui avaient fait livrer leurs paires (dans les boîtes à chaussures!) par pigeons. Aussi, les pigeons étaient ce que les drones sont aujourd’hui pour la photo aérienne. En temps de guerre, il n’était pas rare de poser des petits appareils photos à retardateur sur leur ventre et ainsi faire du repérage précis d’une ville, d’un quartier…
    Ce ne sont que des anecdotes, discutables certes.
    La seule vraie question à se poser n’est pas « est-ce que c’est bien moral de faire travailler des animaux », mais « comment collaborer avec eux »? Car en effet, si l’on doit faire appel à des capacités que nous n’avons pas, il faut que ces compétences soient récompensées. Il faut donc savoir si ces pigeons y trouvent aussi leur compte.

    Enfin, pour revenir à l’idée d’utiliser les vélos pour collecter des données, je t’invite à regarder ce projet du studio Intrastructures de Thomas Lommée, designer avec qui j’ai eu la chance de travailler (sur le projet Openstructures), qui, justement, met le « commuter » au centre des activités -économiques,sociales,culturelles- urbaines
    Le projet ici: http://intrastructures.net/Intrastructures/Actions_-_mobilotoop.html

    NB: l’ensemble des recherches du studio sont très pertinentes selon moi, je te conseille de jeter un oeil à ce qu’ils font. C’est toujours une source de références en plus 😉

  3. L’exploitation des animaux pour cette campagne de com (parce que l’utilisation des hashtags, des réseaux, montre bien que c’est l’un des buts de ce projet) me semble aussi déplacée qu’incohérente. Difficile de parler de pollution, et donc de respect de l’environnement en zappant le respect des êtres vivants…

  4. Le projet est intéressant en soit c’est vrai. Ils justifient plus ou moins le recourt aux pigeons…Mais c’est quand même gênant car ces pigeons n’ont effectivement rien demandé et sûrement que ce « paquetage » indispose l’animal car il n’est pas naturel. Il me semble que c’est plus une campagne de communication qu’autre chose…


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