Être designer aujourd’hui c’est être sous le feu de bon nombre d’auto-critiques et de questionnements collectifs et individuels. J’essaye de vous partager les miens sur la direction que je prends depuis plusieurs années. Mais l’important, sans tomber dans le solutionnisme, c’est d’avancer dans ses réflexions, d’essayer des choses, c’est aussi ne pas rester figé et d’attendre les bras croisés.

Quel modèle économique trouver dans son travail ? Doit-on utiliser le numérique comme support final ? Ou le garder comme support transitionnel ? Doit-on mettre tout son travail en licence libre ? Doit-on arrêter d’être designer ? Et si l’on créer des produits, des objets, doit-on utiliser du bois ? Peut-on encore utiliser du plastique aujourd’hui ? Les bio matériaux qui peuvent être mangés (maïs, blé, etc.) sont-ils à bannir ? Autant de questions complexes et éthiques qu’il fait bon de se poser et sur lesquelles agir.

Aujourd’hui, je voulais donc vous partager Materiom, un organisme à but non lucratif qui travaille à la croisée du design, de la fabrication numérique, de l’écologie et de la science des matériaux. Réunis dans une équipe internationale (au Chili, en Espagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et au Mexique) de designers, de spécialistes des matériaux et d’ingénieurs, Materiom développe, teste et partage leurs recherches sur des matériaux conçus pour une écologie locale, régionale et mondiale tout en développant une approche basée sur l’économie circulaire.

Leur idée est de concevoir et de promouvoir de nouveaux matériaux à fabriquer dans votre cuisine, dans des Fab Lab ou des Makerspace. Chacune de leurs recettes utilise des ingrédients naturels localement abondants et une chimie adaptée au vivant. Les plastiques et les composites que vous pouvez cuisiner sur le poêle, la moisissure, la découpe au laser et l’impression 3D, etc. Je vous présente donc quelques matériaux issus de leur site. À leur lecture, je vous invite à imaginer quels objets usuels pourraient être fabriqués avec ces matériaux.

Composite d’alginate

Composite en noyer

Composite de gélatine

Composite de résine de pin

Composite de résine de pin

Composite d’alginate

Composite d’agar agar

Composite de saccharose

Composite de café

Bio plastique

Ils ont ainsi une bibliothèque de matériaux que vous pouvez retrouver sur le site de Materiom comme du bicarbonate de soude, de la pomme de terre, du thé vert, du marc de café utilisé, des coquilles de noix, de la farine de blé, de l’ocre, des moisissures, du vinaigre, du liège, de la résine de pin, etc

Bibliothèque de matériaux

Materiom a pour ambition de créer une base de données ouverte sur les propriétés matérielles et les données techniques pouvant être utilisées pour les analyses de matériaux, la modélisation numérique et la conception de produits. Cela présente évidemment les propriétés mécaniques et esthétiques pour chacune de leurs recettes.

À ce jour, je me dis que la production d’objets du quotidien doit énormément baisser (ou être stoppée pour certains) pour favoriser le réparable, le récupérable, l’occasion, le fabricable… et si de la production d’objets du quotidien doit quand même être réalisée pour diverses raisons, ces matériaux seront sûrement à envisager.

Merci Grégoire




6 commentaires

  1. Très très cool comme référence! (rien de surprenant quand on voit les gens qui sont derrière le projet 😉 )

    Dans le même genre, ça fait des années que je traine sur Materialdistrict.com, qui lorgne pas mal du côté des matériaux éco-responsables, biodégradables, etc… Davantage issus de l’industrie, mais tous très innovants. C’est bien fichu avec une possibilité de contacter les fabricants si besoin (la création du compte est gratuit). C’est très pratique quand on est designer et qu’on cherche des infos à la source.

    Pour les plus curieux, deux livres sur le sujet qui peuvent faire office de mini-encyclopédie:
    Materiology, un classique mais qui permet de revoir les bases des matériaux existants, leurs procédés de fabrication et leurs applications.
    Radical Matter, ma pépite de 2018. C’est un peu comme si Materiom avait édité un livre… C’est en anglais, mais c’est très bien composé, et il y a des matériaux carrément surprenants (à base de poils et cheveux humains, de poussière, et même de déjections…)

      1. Geoffrey, tu peux te procurer Radical Matter à la bibliothèque du Centre Georges Pompidou. Encore et toujours une petite mine d’or que cette biblio….
        Je pensais pas tomber sur le livre, mais une fois devant, difficile de résister.


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