Voilà un article qu’il me tardait de vous écrire depuis quelques mois. Si vous me suivez depuis le début de ce blog (2008 !), vous savez que j’ai fait mes études (cinq années à l’ENSAD puis deux années à l’ENSADLAB en tant que chercheur en design) et que j’ai commencé à travailler en freelance à Paris (même si je suis né et j’ai grandi dans le Nord de la France). Avec le temps, en vivant à Paris (en banlieue parisienne en réalité), la ville est comme une seconde nature, tout est relativement souple, facile à force d’en connaître toutes les astuces et pour le travail, ça l’était aussi. Mais tout ça a changé depuis bientôt 2 ans que je suis installé à la campagne. Si je vous écris cet article c’est pour témoigner de ce changement, pour celles & ceux qui voudraient aussi se lancer ou qui ont déjà franchi le pas.

Comment c’était designer freelance à Paris ?

Dans les années 2010, les opportunités de travail se résumaient assez simplement par un café en terrasse dans le XIIIe arrondissement, un rendez-vous dans des locaux d’entreprise à Grands-Boulevard, un événement à la Gaîté Lyrique ou ailleurs, une séquence d’enseignement à l’école des Gobelins ou à l’ENSCI, bref, tout ceci m’a semblé relativement facile, fluide et accessible. Paris est la ville du design (désolé St Étienne), mais surtout des agences, du réseau, des budgets même si c’est aussi la ville de la concurrence et des projets qui provoquent le lent effondrement de notre société et du vivant dans son ensemble. À l’époque, j’avais même réussi à créer un petit atelier de design, deux pièces dont une réservée au travail du bois et l’autre au travail du graphisme et du numérique. J’ai pu y démarrer tout ce que je fais depuis, sur le design social, engagé, responsable et militant.

2020 direction la campagne !

Chemin faisant, cela faisait de nombreuses années que je rêvais de m’installer au vert, plus proche du vivant, jardin, poules, potager… vous voyez l’idée. Après un passage par Lyon et comme je suis freelance, je me suis lancé dans un changement de route, direction la campagne alsacienne non loin de Strasbourg, pour la forêt et la beauté des paysages (et parce que je ne voulais pas forcément retourner dans le Nord de la France même si j’adore la région).

Et pour le travail de designer ?

Heureusement, en arrivant, j’ai pu terminer quelques projets de design que j’avais avec mes clients parisiens. Mais j’ai appris à vivre et travailler autrement :

  • passer du petit café en terrasse parisienne au coup de fil / visio avec le chant des oiseaux en arrière plan
  • passer du trajet de 45 minutes de RER depuis la banlieue au trajet de 1H45 pour me rendre sur Paris
  • passer du rendez-vous pro dans une agence d’innovation branchée à des rendez-vous pro avec des éleveurs de mouton en doudoune sans manche (les éleveurs, pas les moutons)
  • passer du foisonnement d’événements à Paris aux rencontres plus singulières et souvent alternatives de la campagne
  • passer de la hype du design parisien au design modeste, local et utile
  • passer d’un salaire moyen à un plus petit petit petit salaire
  • passer de la fibre à la connexion 4G du téléphone
  • passer de l’anonymat de la grande ville aux liens amicaux et soudés du voisinage d’un village
  • et bien d’autres choses encore.

Aujourd’hui, les opportunités de travail se font évidemment plus rares pour le freelance que je suis, cela correspond peut-être à mon changement de lieu (même si, je sais que mes clients se fichent de savoir là où je travaille et que je travaille toujours avec des structures à Paris mais aussi dans le Cantal, en Belgique, à Lyon, en Alsace, j’en passe…) ou à la décroissance généralisée (coucou la crise !), ou alors simplement au fait que j’affirme mes engagements et mes valeurs au travers de mes projets (certaines structures préfèreront parfois les designers qui n’ont aucun engagement sur quoique ce soit et qui font de tout et n’importe quoi). Je me dis aussi que le modèle salarié est peut-être plus cohérent avec la vie à la campagne et que le recours au freelance reste plus rare ? Ce sont des questionnements…

Bref, c’est une expérience sacrément intéressante puisqu’elle me permet de créer et développer mes propres projets comme ceux que je mène avec hckr.fr (si vous voulez commander mon livre d’ailleurs n’hésitez pas !) pour continuer mon train de vie… grandiloquent 😉

Le design et la cohérence d’une vie

Comme je le répète depuis de nombreuses années, le design est pour moi, l’outil de mes engagements. Si j’avais été soudeur, pompier ou assistant maternel, j’aurais tenté à ma manière de servir ces engagements de justice sociale et environnementale. Et c’est pour cela aussi que la cohérence de cette vie me plait et qu’elle sert mon travail, ma démarche de designer et ma créativité.

En forêt pour faire le plein d’idées, avec l’imprimeur du village d’à côté pour faire imprimer mes livres engagés, avec les proches pour essayer de trouver de nouveaux projets de design. Certains imaginent que puisque cela fait 18 ans que je suis designer, tout roule, que c’est facile. En réalité je sais que tout peut s’arrêter chaque année, qu’il faut apprendre à tendre vers le moins et la simplicité et malgré tout, continuer d’avancer. En bonus, je plante des arbres en ce moment, ils auront peut-être plus de chance de rester bien après toutes mes productions de design 😉




5 commentaires

  1. best post ever.
    parce que dans le fond rien n’a plus de sens que ce qui s’inscrit dans la vie des individus, qui cesse d’être hors sol comme ce récit de soi permanent que nous avons sur internet qui nous dédouble. Quand finalement l’individu digital rejoint un individu physique, avec ses doutes aussi, alors on s’approche de la « vérité ».

  2. Hello Geoffrey, bravo pour ce changement. J’avoue envier ceux et celles qui passent à l’action et s’installent à la campagne pour une autre vie. Je nous y prépare moi et ma famille mais c’est pas facile de réuni tout le monde autour de cette idée. Il y a des barrières mentales à faire tomber et aussi certains aspects de « la vie à la campagne » à démystifier. L’idée c’est de s’en rapprocher petit à petit. Donc prochaine étape s’installer autour d’une ville à taille plus humaine que Paris. Rendre l’accès à la nature plus simple et plus abordable. Et peut-être que dans pas si longtemps je planterais aussi des arbres dans mon potager !
    (PS: joli sac de portage ☺️ Tu vas cueillir du bois ou tu as aussi un autre sac que tu accroche dessus ? Bushcraft peut-être ?)

    1. Xavier, merci pour ton commentaire ! Je te souhaite de réussir à embarquer tout le monde dans ce beau projet, pour une vie meilleure, plus douce et simple et moins dans l’emprise des non choix des grandes villes 🙂 Et l’important c’est pas de te demander si tu vas y arriver mais quelles sont les étapes 😉
      PS : oui claie de portage Tatonka pour le transport de « matériel » en forêt, et aussi en prévision des randos en famille cet été !

  3. Salut

    Merci pour ce retour d’XP je suis dans la même démarche de partir à la campagne et me lancer en freelance (presque en même temps en ce qui me concerne)

    Tu traites dans ton article de réflexion que je me fait en ce moment, notamment celle-ci :

    « En réalité je sais que tout peut s’arrêter chaque année, qu’il faut apprendre à tendre vers le moins et la simplicité »

    Dernièrement cette réflexion est celle qui me « bouffait » le plus et j’ai fini par « rationnaliser » de la façon suivante : C’est exactement le même cas en CDI dans une entreprise « conventionnelle ». Du coup je me suis fais un plan B, si jamais trop de galère en freelance à la campagne, il me sera toujours temps de retourner provisoirement dans une entreprise plus « conventionnelle »… prendre un pied a terre dans une grande ville le temps de mission et attendre que ça passe… c’est pas l’idéal mais ça semble être une solution viable… jusqu’à se qu’on obtienne tous un salaire minimum, ou bien que se démocratise pour de vrai le travail à distance, ou bien que l’aménagement des villes changent…

    Je me demandais comment tu démarche tes clients à la campagne, sur quel genre de projet tu travaille avec les locaux ? Comment tu peux les accompagnés ?

    Pour la connexion tu n’as « qu’une 4G » ? un abonnement bis ? 50go ça suffis pour les MAJ outils et partages, maquette, outil adobe (Affinity c’est mieux… :p ) etc ?

    Il te reste des clients « conventionnels » sur dans des grandes villes ? Comment tu gère avec eux ? Full Distance ou tu dois te déplacer également ?

    Si jamais je suis indiscret n’hésite pas a botter en touche 🙂
    Merci infiniment

    1. Hello 🙂

      Merci pour tes questions et beau challenge que tu as devant toi ! Oui en CDI tout peut apparemment s’arrêter (même si en Freelance, j’ai l’impression que cela viendra de ta propre volonté ou par la force du marché, alors qu’en CDI c’est plus souvent une décision extérieur à ta volonté. Mais c’est une impression).

      Concernant le fait de prendre un pied à terre dans une grande ville et être salarié en attendant que ça passe, j’y ai déjà pensé aussi mais la concurrence est rude et l’âge joue aussi. Dans le design, les offres d’emploi sont énormément occupées par des juniors, stagiaires et alternants.

      Pour te répondre sur le démarcheage : au risque de te décevoir, je ne démarche pas. J’essaye d’être social, poli et professionnel quand je fais mes courses, quand je discute avec de nouvelles personnes, etc. Parfois cela aboutit sur une mission même si c’est rare. Les gens qui démarchent à la campagne c’est le bouche à oreille ou les flyers dans les boulangeries.

      Pour la connexion, oui j’ai juste de la 4G avec un forfait illimité à 18€ (je crois). Cela me suffit pour l’instant. Je ne passe pas mon temps sur le web à matter des trucs en streaming, jeux vidéos, etc. Je suis plutôt du genre à scroller sur Wikipédia, ha ha 😉

      Concernant les autres clients dans les grandes villes, parfois je me déplace pour les rencontrer, parfois tout est en visio, cela dépend, mais cela ne cause aucun souci de tout faire en visio pour les clients apparemment.

      N’hésite pas si tu as d’autres questions 🙂

      G.


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