Bonjour bonjour 🙂

Ce midi, je vous partage une petite interview que j’ai donné à Lloyd Cavé, un étudiant en master de management de projet multimedia au CNA CEFAG (ouf!!). Suite à la conférence sur le Design de la Presse en ligne, j’ai rencontré le très sympathique Lloyd qui m’a demandé de me prêter au jeu en répondant, en tant que designer, à ses questions 🙂

Q.1 Lloyd :Une interface, associée à l’ergonomie qui en découle, impose forcément une certaine forme de lecture, une manière de parcourir l’information. Pensez-vous qu’une normalisation de ces interfaces vers un modèle commun puisse être un apport positif pour la presse ?

  • Geoffrey : Concernant le domaine précis qu’est la presse, tout dépend de l’origine des flux d’information. En effet, une bonne combinaison entre ergonomie & interface permet à l’utilisateur d’avoir une facilité d’accès à l’information, de consultation, de lecture, etc., Cependant, il arrive que la presse en ligne puise ses différentes sources à différents endroits, il est donc délicat de normaliser une interface. De même, cela retirerait également de l’identité graphique ou éditoriale de tel ou tel magazine, journal, site internet.

Q.2 Lloyd : Dans ces logiques de flux omniprésentes, est-ce le rôle du design que de pouvoir les canaliser et rendre l’information digeste ? Nous dirigeons-nous vers une normalisation du design de ces flux ?

  • Geoffrey : Je ne crois pas personnellement à une “normalisation” du design, cependant, les flux sont déjà en grande partie normalisés. Entre les flux rss, les flux provenant de twitter, les dépêches AFP, etc. on se retrouve souvent avec du XML par exemple. Pour ce qui et du design, je pense que l’intérêt est donc dans la façon dont mettre en avant certaines informations, dont il est possible de les analyser en amont pour faire ressurgir des choses intéressantes, des choses adaptées aussi, et des choses suggérées. Le travail du design de presse réalisé sur-mesure pour tel ou tel organe de presse reste un point important qu’il ne faut pas négliger afin de préserver quand même le travail journalistique qui est aussi d’analyser l’information, de la recontextualiser et de la transmettre de telle ou telle façon. Je pourrais m’étendre par exemple sur le travail des journalistes réalisés sur Wikileaks 🙂

Q.3 Lloyd : Nous sommes et nous nous dirigeons vers une lecture de plus en plus fragmentée entre les supports et les interfaces. Faut-il encourager ou éviter ce phénomène ? Le design a-t-il un rôle majeur dans l’évolution de ces tendances ?

  • Geoffrey : La lecture se fragmente mais ce n’est pas un phénomène vraiment nouveau, la presse, les livres, etc. Ce qui est nouveau c’est qu’en fait une même lecture se retrouve sur différents supports et qu’il est possible de commencer à lire Jules Vernes sur internet sur son écran d’ordinateur, de continuer cette lecture sur son téléphone, puis de le lire sur une tablette, une télévision, un e-reader.. Ce phénomène n’est ni à encourager ni à éviter, il existe déjà. On se retrouve donc dans une situation similaire à l’époque des multi-browser où l’on devait faire une version pour Internet Explorer 5, puis 8, puis pour Firefox, Chrome, Opéra et Safari. Heureusement, ces habitudes tendent à disparaître et la normalisation des technologies fait que chaque browser spécifique peut afficher plus ou moins de la même façon un même site internet. Ici, avec ces nouveaux supports différents, ce qu’il faut penser en amont c’est de concevoir des interfaces cross-support. Pour la presse, il y a par exemple des questions de multi-colonnage qui adaptatif, des questions de taille du texte de labeur et des titres mais aussi des question d’adaptation des formats d’image par exemple. Le designer a donc une place déterminante dans ces questions afin de faciliter cette mécanique complexe.

Q.3 Lloyd : Notre capacité de concentration est un des éléments favorisant une lecture continue. Quels sont pour vous, les éléments propices et néfastes à cette faculté ?

  • Geoffrey : Dans mon parcours de designer, j’ai la chance de pouvoir être assez proche des sciences cognitives, et d’essayer de comprendre un tout petit peu comment  le cerveau fonctionne. Les mécanismes d’attention se modifient avec les générations et notre attention étant de plus en plus sollicité, il devient délicat de fragmenter les supports de lecture. Cependant, le cerveau humain s’adapte plutôt bien aux changements de support avec le temps. Ainsi, les éléments propices à la lecture continue sur différents support se font dans le cerveau. Des repères sont ainsi pliacés et la concentration s’y attèle. Cependant, plus la différence entre les supports et le résultat graphique ou textuel est grande, plus le cerveau rencontrera des difficultés. Il faut ainsi privilégier, pour la lecture continue un cadre propice, simple, avec des repères et apaisant. Le Kindle par rapport à l’iPad, surpasse largement cette capacité d’être un merveilleux outil de lecture car il ne propose principalement que la possibilité de lire, et de lire sur ce Kindle en question. À l’inverse, outre les questions d’écran, l’iPad possède une myriade de choses qui font sa richesse (les applications, l’interactivité, le tactile, etc.) mais qui n’aidera en rien à la concentration réelle pour la lecture.

Q.4 Lloyd : D’un point de vue personnel, quelles sont vos habitudes de consommation de l’information ? Quel rôle joue le design pour vous dans ces habitudes ?

  • Geoffrey : Personnellement, plus les sources sont sommaires et basiques plus je m’y retrouve. Flux rss, IRC, Twitter, Newsletter et forums ou board…

Q.5 Lloyd : On parle beaucoup des infographies interactives. Des interfaces alternatives ont également vues le jour. Selon vous, sont-elles l’avenir de l’information numérique ?

  • Geoffrey : Pour informer d’une masse de données, oui c’est quelque chose d’important, cela simplifie également la lecture pour les utilisateurs afin de les informer rapidement & simplement. De même, comme parfois les données sont fluctuantes, évolutent en temps réel, les “inforgraphies interactives” sont une solution pour rendre compte de ces données, de ces informations.

Q.6 Lloyd : Est-il indispensable de rester dans une cohérence systématique de «page-écran» (reproduction des gabarits du print) sur tous les supports ? Qu’en est-il des interfaces basées sur le scroll ?

  • Geoffrey : Il y a une certaine échelle de cohérence à garder et le reste est totalement à revoir ! En effet, nos habitudes de lectures viennent à l’origine du papier, de la typographie. C’est un des éléments clefs de la lecture ainsi que la mise en page, etc. Certes, nos repères typographiques sont à adapter pour l’écran, nous sommes là avec des supports qui diffusent de la lumière, des supports avec des pixels (je ne vous ferai pas un pamphlet sur l’évolution de la typographie sur écran), mais je pense qu’avec le temps, les écrans devenant de plus en plus “précis” et auront une meilleure résolution (rien qu’à voir l’iPhone 4 par exemple), les typographies “écran” et “papier” seront les mêmes (à quelques exceptions près). Concernant l’affichage de la lecture sur support numérique, les interfaces sont vraiment à revoir (scroll, écran tactile, réglage de la luminosité pendant la lecture, etc.)

Q.7 Lloyd : Croyez-vous en un journal personnalisé (design et contenu) et unique au consommateur ?

  • Geoffrey : Pour le lecteur, il existe déjà des solutions comme Flud, Flipboard, Discover, Cooliris. Ces outils permettent de compiler sur un même ouvrage numérique un ensemble de flux. C’est aujourd’hui une des meilleures solutions pour proposer du contenu totalement choisi et adapté par et pour l’utilisateur.

Q.8 Lloyd : Si non, vers quel format faudrait-il évoluer ? Pouvons-nous trouver un format unique propre à son support ?

  • Geoffrey : Je ne pense pas.

Q.9 Lloyd : Le contenu doit-il être propre à son médium ?

  • Geoffrey : Non plus. Concernant le contenu et son médium, la richesse des médiums est notamment de pouvoir y publier de nombreux contenus, et la richesse du contenu, de pouvoir se retrouver sur de nombreux supports.

Q.10 Lloyd : L’iPad et les tablettes en général apportent une navigation qui permet d’interagir sur l’information et non plus d’être relativement passif comme cela peut être le cas sur le Web. Pensez-vous que cela représente un aspect qui puisse faire «décoller» les ventes des titres sur ces mêmes tablettes ?

  • Geoffrey : Comme je le disais précédemment, avec ces informations “actives” et “augmentées”, la lecture en elle même s’en retrouve un peu perturbée. Sur le Kindle, cet équilibre, n’est pas mauvais, au contraire, la lecture est légèrement interactive, légèrement augmentée, mais pas trop. Concernant les “ventes des titres”, je n’ai pas de connaissances précises sur ce domaine, j’ai cependant récemment lu que les ventes d’ouvrages sur tablettes ne se portaient au final pas si bien.

Q.11 Lloyd : Comment faire un choix stratégique dans la transposition du papier vers le numérique entre les formes actuelles (“faux print”, forme PDF, forme multimédia, forme magazine, etc…). Quel est, selon vous, le meilleur compromis ?

  • Geoffrey : Pour moi, il n’y a pas de compromis à faire. Il faut designer directement en amont une version numérique et pas tenter d’adapter ou de transposer. Un titre devrait être conçu au départ dans l’une ou l’autre ou les deux versions. Tout comme, avant de créer un journal ou un ouvrage imprimé, l’on choisi son format, le nombre de pages, si ce sera un journal, un livre ou pourquoi pas une affiche, il faut, en même temps, pouvoir penser en amont si la forme numérique sera une application, un site, un blog, un compte twitter, allez savoir.

Q.12 Lloyd : Comment voyez-vous une possible évolution du statut et des compétences du journaliste face à la conjoncture actuelle ? Quelles pourraient être leurs implications à l’avenir ?

  • Geoffrey : Concernant l’évolution du métier et des compétences du journaliste, je pense que l’implication est dans un trio de choc, journaliste, designer, développeur. Cet ensemble que l’on retrouve dans certains médias (je pense notamment à Owni ;-) ) fonctionne bien et permet d’introduire le journalisme là où l’on ne s’y attend pas forcément, la programmation et le design là où l’on ne s’y attend pas non plus 🙂

J’ai conscience que tout ceci est très long à lire.. mais si vous souhaitez donner votre avis sur un point précis, ce sera avec plaisir ! J’ai numéroté les questions, ce sera plus pratique au cas où ! 🙂




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