Hello 🙂

Ce matin on démarre fort avec une vidéo à prendre avec des pincettes mais qui vaut quand même le coup d’être regardée. Il s’agit d’un « reportage » (pas du tout neutre, vous le verrez par vous même) réalisé par le magazine « La Vie ». Réalisé à Longhua, près de Hong-Kong, on y découvre un peu les employés de Foxconn, ceux qui fabriquent des téléphones portables et notamment les iPhone d’Apple.

Pour information, ce qu’est Foxconn :

« Foxconn, officiellement Hon Hai Precision Industry, Co. Ltd. est une entreprise taïwanaise. Commercialisant ses produits sous la marque Foxconn, elle est le plus important fabricant mondial de matériel informatique. Elle fournit des composants électroniques à des entreprises telles que Dell ou Apple. L’entreprise est régulièrement pointée du doigt pour les conditions de travail dans ses usines ; des employés les surnomment d’ « usines à suicide ». Une étude universitaire chinoise a conclu que les usines chinoises de Foxconn «peuvent être comparés à des camps de concentration ». Actuellement, près de 900 000 personnes travaillent pour Foxconn, ce chiffre devrait atteindre le million et demi d’ici 20111. » [wikipedia]

Personnellement, même si les images sont intéressantes, je préfère les reportages où l’on nous montre sans un mot où qui sont simplement descriptifs afin de se forger, soi-même, son propre avis sur ce que l’on y voit.




13 commentaires

  1. C’est malheureusement un peu léger, pour se faire une idée précise, mais ça a déjà le mérite de pointer certaines choses.
    Peut-on voir la version longue en ligne ?

  2. Des pincettes, en effet …
    Les grilles présentées comme protégeant des suicides sont tout à fait courantes en Chine ou à Taiwan. Elles permettent d’agrandir l’espace sur l’extérieur et sont investies comme telles, ce que l’on voit très bien sur l’image : vêtements qui sèchent, gamelles d’eau etc. Les autres fenêtres de la même façade ne sont d’ailleurs pas protégées. Par contre, sur la dernière image, même si les balcons sont également souvent fermés par des grilles, on est en droit de se poser la question. La grille reste utilisée comme lieu de stockage vertical ou de penderie. On n’a pas forcément la même relation à la vue sur l’extérieur ou à la lumière à l’intérieur du logement d’un côté et de l’autre du globe : ce qui pourra être perçu comme une prison par un regard français ne le sera pas forcément par un regard chinois.
    Le bruit de la rue n’est également pas perçu de la même manière dans la culture chinoise alors qu’un Français peut le comprendre comme une agression : ce qui est montré comme tel dans le reportage.
    住宅清上三楼 : « Même si les murs indiquent un dortoir… » ; je crois que c’est plutôt « habitation (ou dortoir) à partir du 3ème étage. »
    On peut aussi se demander quel est le regard porté sur l’église : celui de « vrais croyants » qui considèrent le culte présenté comme iconoclaste ou celui d’athés ou d’agnostiques.
    Le problème de ce genre de bout de reportage utilisant raccourcis sur raccourcis est qu’ils entrainent avec eux des imaginaires qui excitent le regard occidentalo-centré. Le pire étant qu’une mise à distance apparaît alors comme la défense (cochez la(les) bonne(s) réponse(s)) des chinois / des patrons / des communistes / du capitalisme (et puis mixez tout, ça marche aussi. Le capitalisme communiste et le communisme capitaliste s’accordent aussi en chinois.)

    Bien joué l’idée des pincettes. Il me semble que le mérite de ce genre de reportage est de montrer le tiraillement des possesseurs de produits apple : « c’est bien mais ça fait exploiter des gens, il faut la moralisation du capitalisme, c’est maaaal… Mais c’est bien quand même les produits, par contre. » Une autre vertu sera peut-être de donner satisfaction aux anti-apple : « Ah ! Tu vois ce que je te disais, apple, c’est des méchants. » (remplacer apple par chinois ou par les autres, ça marche aussi)
    A savoir ensuite si cela mérite d’être repris sur les blogs …

    La référence à « l’étude universitaire chinoise » sur wikipédia (et qui n’est pas reprise en anglais, italien, espagnol ou japonais sur le même site), qui compare l’usine à un camp de concentration, revoit à un article de libération qui n’en dit mot. On pourra d’ailleurs douter de la référence par des universitaires chinois à un « camp de concentration » ce qui sonne très franco-français. Il y a bien eu d’autres camps tout aussi ravissants plus à l’Est non … ?
    Il fallait aussi mettre des pincettes à la « définiton » de wikipedia.

    ❗ Cela n’enlève rien aux faits, cette usine, comme beaucoup d’autres en Chine, semble être une catastrophe humaine et les gens y sont exploités. Quasiment personne n’est autorisé à y entrer pour vérifier ce qui se passe à l’intérieur mis à part pour des mises en scène ridicules et des jolies photos à la 1984 ❗
    😛 C’est toujours difficile de se dédouaner d’un discours pro-chinois pour être lu (remplacez chinois par ce que vous voulez).

    Merci pour le partage des découvertes de tous les jours (et même quand ce n’est pas tous les jours, c’est vachement bien … Faut bien un peu de vacances, sinon on pourrait croire que tu es attaché à ton fauteuil de 7h à 21h avec des nouilles à 3 rmb pour tout repas 😆 )

  3. @Obligatoire (c’est écrit à droite): Voici un commentaire très très intéressant (et construit), et je suis très content car tu as saisi le sens de « pincettes » et la façon dont j’abordais cette vidéo. Tu sembles également très au courant de la culture chinoise 😉

    En espérant aussi que ton commentaire puisse en éclairer certain(e)s tout comme il m’a éclairé aussi 😎

    (Et sinon, merci à toi de venir lire mes bêtises en effet, on pourrait croire que je passe de 7h à 00h devant l’ordi, et même si c’est vrai, je fais pas mal de choses à côté 😆 )

  4. @Green Fish Lab: On pourra déjà lire l’article de l’auteur des images http://www.jordanpouille.com/2010/12/24/foxconn-ou-lenvers-du-high-tech/
    Sinon, on peut aussi lire directement le rapport de SACOM http://sacom.hk/archives/740

    @Geoffrey Dorne : Content de t’avoir éclairé, c’est une façon de rendre la pareille.
    Je t’ai rajouté mon blog, tu comprendra par déduction pourquoi je connais un peu la culture chinoise (j’insiste sur le « un peu » sans modestie aucune)

    Au plaisir de continuer à lire tes « bêtises »

  5. Bonjour,

    Je suis le correspondant de La Vie en Chine. Cette vidéo est un « teaser » court, présenté sur le site de La Vie avec le reportage complet et l’analyse que je copie/colle pour vous.

    TEXTE
    La journée commence toujours très tôt à Longhua, cette ville à une demi-heure de Shenzhen, une métropole industrielle du sud de la Chine. D’un pas alerte, des dizaines de milliers d’ouvriers quittent leurs dortoirs, simultanément. Il n’est pas 7 heures. Ils affluent en silence, un bol de nouilles au bœuf à la main, vers la porte nord de l’usine, ce gigantesque bunker gris de 3 km 2 tapissé de filets antisuicides, censés dissuader les travailleurs de se défenestrer. Mais, rien n’y fait. Le 4 novembre, un autre ouvrier s’est jeté du haut de son dortoir.

    En 2010, 14 ouvriers travaillant chez ce géant chinois de l’électronique se sont suicidés. À tel point qu’un rapport de 83 pages, réalisé par des chercheursde 20 universités de Chine, de Taïwan et de Hongkong, a dénoncé les conditions de travail « inhumaines » de ses 920 000 employés, dont 300 000 à Longhua. Le rapport, faisant état d’insultes et de coups des contremaîtres, d’horaires démentiels (jusqu’à 80 et 100 heures par semaine !) et de dortoirs entassés, osait même une comparaison « avec les camps de concentration ». Mise sous le feu des projecteurs, la direction de l’usine a annoncé toute
    une série de mesures (fin des brimades, ouverture de centre de consultation, paiement des heures supplé men taires), dont une hausse des salaires de 67 % à partir du 1er octobre. L’occasion de voir si ces promesses ont été tenues sur le terrain. Sur le chemin de ce plus grand atelier du monde, nous faisons la connaissance de Ting Liao. Elle a 17 ans, vit dans une chambre de dix lits, au 12e étage du dortoir A8 et travaille dans l’atelier N2. Elle porte la veste Foxconn rose et gris, les couleursde la ligne d’assemblage d’Apple, où on l’a affectée il y a deux ans. Tout en marchant, la jeune fille nous confirme que sa paie a été fortement aug mentée début novembre, confor mément aux promesses estivales de Terry Gou, le PDG milliardaire : « En comptant les heures supplémentaires, je gagne 3 200 yuans (352 €), contre 1 400 yuans (154 €) en juin. »

    Une telle hausse, unique dans la région, n’est pas sans contrepartie. Après trois mois de tests, des ingénieurs taïwanais ont réussi à augmenter sa productivité de 40 %. « Je m’assure que la peinture ne présente aucun défaut, soit 8 000 pommes par jour. » Par « pomme », entendez les téléphones d’Apple. Comme ses camarades, Ting Liao arrive avec une demi-heure d’avance, pour se mettre en condition. Interdiction de parler, de détourner le regard de sa machine et la rotation de poste n’est plus envisageable. « Mais nous ne travaillons plus debout et les chefs ne nous insultent plus, ils nous évitent même », admet la jeune fille. Bloqués aux barrières, nous quittons une Ting Liao affairée sur son téléphone portable qu’elle devra remettre à son chef d’atelier, avant de commencer son service. Elle croise des ouvriers silencieux, la tête penchée, le regard éteint. Eux ont travaillé toute la nuit et regagnent leurs dortoirs épuisés. En guise d’au revoir, des gardiens fouillent leurs sacs en sortant.

    Près de l’entrée ouest, à 20 minutes de route et à deux pas du chantier d’une future caserne militaire, on inaugure le nouveau centre de recrutement de Foxconn. Le bâtiment gère les prochaines délocalisations du groupe dans les provinces où le coût salarial est moindre et les ONG de défense des travailleurs, inexistantes. Obéissant aux ordres crachés au mégaphone, deux files de 400 ouvriers se constituent derrière des panneaux « Zhengzhou », la capitale du Henan, ou « Chengdu », celle du Sichuan.
    Bel avant-goût de la discipline militaire qui règne au sein de l’entreprise taïwanaise. « L’examen médical sera à votre charge, préparez 50 yuans immédiatement. Les ouvriers qui veulent travailler à Longhua reviendront un autre jour. » Chez Foxconn, les gardiens ont remplacé la police et n’hésitent pas à réclamer les papiers d’identité des curieux. Là encore, nous devons dégager.

    En ville, les boutiques de vêtements branchés ont fleuri et tout semble avoir été imaginé pour que les ouvriers dépensent sur place leur nouveau pécule. Au centre d’une cour encerclée de dortoirs vert pistache, Nokia a même installé son podium. Devant un millier d’ouvriers émerveillés, un rappeur chante le pouvoir ensorcelant de son nouveau téléphone auprès de ses conquêtes féminines. « On vient de la campagne, c’est la première fois que je vois un spectacle pareil », explique ce couple d’ados originaire du Yunnan, cheveux colorés et tee-shirt fluo. Une fois par semaine, quand ils ne fabriquent pas les imprimantes HP, ils sont nombreux à arborer le look des jeunes mingongs (ouvriers migrants), tant moqué sur la Toile chinoise. Ils n’achèteront rien ce soir, mais ils ont fait la queue pour recevoir, dans un bel emballage, le catalogue de la marque…

    D’après les nombreux témoignages que nous avons recueillis, cette nouvelle génération d’ouvriers migrants, souvent décrite comme insouciante, n’a pourtant pas dérogé à la règle de la piété filiale. Comme Tian Geng, 19 ans et originaire du Shaanxi : « Chaque mois, j’envoie 1 000 yuans (110 €) à la famille, mais cela ne m’empêche pas d’être coquette. Regardez mes boucles d’oreilles, elles m’ont coûté 6 yuans (66 centimes), ma coiffure, 20 yuans (2,20 €), mes chaussures, 30 yuans (3,30 €) et mon téléphone est une contrefaçon. » Ses voisines acquiescent. À Longhua, les centaines de distributeurs de billets servent plus à virer de l’argent sur le compte des parents qu’à effectuer des retraits en vue d’achats compulsifs. « Mais je m’autorise désormais quelques plaisirs, car il y a beaucoup plus de pression sur la chaîne. » Tian Geng nous emmène jusqu’à la grande place de Longhua, qui, en quelques mois, s’est métamorphosée en parc d’attractions. Les voiturettes électriques, les rollers à louer, les cours de danse et parties effrénées de chamboule-tout ont volé la vedette aux statues monumentales de dragons et de chevaux, symboles d’énergie et de vitalité en Chine. Contre quelques yuans, on se presse pour contempler les étoiles au télescope.

    À Foxconn, des ouvriers ont trouvé une autre façon de se tourner vers le ciel. À l’étage d’un petit restaurant, l’entrée d’un dortoir donne, en réalité, sur une église protestante « clandestine », c’est-à-dire non enregistrée auprès des autorités chinoises. « Nous avons créé cette église, il y a un an, avec l’aide d’un prêtre taïwanais. Il fait la tournée des usines. En ce moment, il est basé à Dong Guan », confie Wan Di, ouvrière de 24 ans. Elle a pris sa relève sur Longhua. Sur ses consignes, une vingtaine d’ouvriers Foxconn répète une chorégraphie jusqu’à épuisement. Puis ils prient Dieu et se quittent en pleurs. « On lui offre notre journée de repos et il se montre reconnaissant. Sentez-vous sa présence ?», demande Wei Yong Mei, 18 ans. Dehors, le long des trottoirs défoncés, des publicités rappellent que de très jeunes femmes vendent leur corps pour 40 yuans (4,40 €). D’autres affiches, beaucoup plus nombreuses, exploitent l’ignorance des nouveaux arrivants. Se faisant passer pour des recruteurs Foxconn, leurs auteurs promettent un job immédiatement, « garanti sans heure sup et avec deux jours de repos par semaine » contre 500 yuans (55 €) de « frais de dossier ».

    En quittant la ville usine, le chauffeur de taxi nous confie: « La semaine dernière, j’ai pris un gamin qui voulait rejoindre l’aéroport de Shenzhen au plus vite. Son chef courait derrière ma voiture. Lui transpirait et balançait sa tête. Il pleurait, répétait que Foxconn était “noir” et les chefs, trop rusés… Ça m’a fait du bien de le libérer de cet enfer. »

    avec les encadrés d’analyse ici:

    Chine – L’heure du social n’a pas sonné

    En Chine, la responsabilité sociale des entreprises est encore un vœu pieux et les disparités de traitement entre provinces sont abyssales. Après les grèves qui ont secoué les usines Honda, l’été dernier, la fédération des syndicats du Guangdong, au Sud, a voulu marquer le coup. Un texte propose un dialogue systématique entre ouvriers et patronat ! Mais il se heurte au lobbying des patrons hongkongais.
    « Et si la loi est adoptée dans le Guangdong, les patrons d’usine peu scrupuleux iront fabriquer ailleurs », affirme Geoffrey Crothall, de l’association hongkongaise de défense des travailleurs China Labour Bulletin. À Shenzhen, des bureaux d’assistance juridique voient le jour pour défendre les ouvriers qui se heurtent à des patrons mauvais payeurs. « On essaie de les raisonner ou de leur faire peur en leur rappelant la loi, mais beaucoup s’en moquent, car ils entretiennent de très bons rapports avec les autorités locales, qui ferment les yeux pour laisser rentrer les recettes fiscales », dénonce Zhang Zhiru, fondateur de l’ONG Chunfeng. L’espoir serait-il ailleurs, dans les provinces pauvres ? À Chengdu, la capitale du Sichuan, où l’on s’apprête à accueillir une nouvelle usine Foxconn et ses 100 000 ouvriers, une révolution sociale est en cours. La municipalité a décidé de mettre un terme aux disparités entre les citadins et les ouvriers migrants. C’est la réforme inespérée du hukou (le passeport interne) et la promesse d’un accès égal aux soins ou à l’éducation.

    et ici:

    Chine – Des marques françaises éthiques

    Kiabi, Cache-Cache, Nature & Découvertes, Terre d’Oc… Par conviction ou par stratégie, de plus en plus d’entreprises françaises réclament de l’éthique auprès de leurs fournisseurs chinois. Au-delà de la qualité des produits, certaines marques exigent le bien-être des ouvriers, en tentant, par exemple, de faire appliquer la norme SA 8000. Ainsi, depuis 2003, les magasins Nature & Découvertes font confiance à Marguerite Lacoste, une ex-humanitaire reconvertie dans l’audit social.
    « Je ne me focalise pas sur la pointeuse ou les contrats de travail, peu fiables. Mais je vais manger avec les ouvriers, je reste avec eux pour bavarder dans les dortoirs et j’essaie d’instaurer une relation d’écoute sincère avec leurs chefs. » Elle ajoute : « Les patrons me disent qu’ils ont de plus en plus de mal à recruter et je leur explique que la meilleure façon de retenir un ouvrier, c’est de bien le traiter… au-delà du salaire. »

    Joyeuses fêtes
    Jordan Pouille
    Correspondant à Pékin

  6. L’étude des universitaires chinois n’est pas seulement présente sur le site de wikipedia mais relayée par les ong de travailleurs: Sacom ou China Labour Bulletin à Hong Kong.

    Concernant la résistance naturelle au bruit des Chinois que vous évoquez… je vis en Chine depuis assez longtemps pour dire que ceux qui ne se plaignent pas sont toujours ceux qui ont peur d’avoir des problèmes, des chengguan ou des patrons. Les autres qui ont pu gravir l’echelle sociale grâce à leurs guanxi, leurs liaisons avec le Parti, sont capables de tous les caprices… comme par exemple d’exiger le remplacement de leur voiture étrangère auprès du concessionnaire si les essuies-glace font un bruit bizarre. C’est du vécu.

    Cordialement
    Jordan Pouille


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