« Une émotion est un trouble subit, une agitation passagère causée par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie, etc. Cette réaction affective transitoire d’assez grande intensité est habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement. »

Cette définition du Larousse place l’émotion humaine au rang de trouble, de réaction exprimée. Si l’on va plus loin, Wikipedia définit trois types d’émotions :

  • les émotions « cognitives » par opposition aux émotions « non cognitives »;
  • les émotions instinctives (des amygdales), par opposition aux émotions cognitives (du cortex préfrontal).
  • les émotions primaires (existant dans plusieurs espèces animales : rage, vigilance, extase, adoration, terreur, stupéfaction, chagrin et dégoût) et secondaires (états construits à partir des émotions primaires et d’une multiplicité de représentations additionnelles : représentations de situation, de soi, d’objet, d’autrui, de cause).
Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images

D’autres définitions comment celle de Klaus Scherer (professeur de psychologie à Genève), complètent cette définition et s’accordent à dire que les émotions provoquent des changements d’état intervenant dans cinq systèmes organiques à savoir :

  • un changement cognitif (activité du système nerveux central),
  • un changement psychophysiologique (réponses périphériques),
  • un changement motivationnel (tendance à répondre à l’événement),
  • un changement moteur (mouvement, expression faciale, vocalisation),
  • un changement de sentiment subjectif.
Une émotion exprimée 😉

Le numérique et Internet nous font ressentir des émotions

C’est justement sur ce dernier point que mes pensées sont absorbées ces derniers jours. En effet, le numérique – et plus précisément Internet – nous apporte une quantité gigantesque d’émotions potentielles. On peut rire devant un lolcat, un peut pleurer en lisant un e-mail, on peut s’énerver en discutant sur Twitter, on peut avoir peur devant une vidéo Youtube, on peut même tomber amoureux sur Tinder.

Ces émotions ressenties étaient jusqu’il y a quelques années, principalement exprimées par du texte. Nous utilisions des phrases pour exprimer nos émotions, puis certaines conventions sont apparues comme les points de suspension qui portent en eux une expression très forte même si souvent ambiguë, ou encore des acronymes comme « mdr », « lol », « rofl », « xptdr » pour le rire mais aussi l’expression de la stupéfaction comme avec  « wtf » ou de la surprise avec « omg » (voir cette liste).

À cela, il faut ajouter tous les smileys en texte qui expriment la joie, le rire, la taquinerie, l’amour, j’en passe :-p =) :-O B-) >.< – Et depuis l’avènement du web et du smartphone, ces émotions ont été pensées, conçues visuellement par des designers et on a le droit aujourd’hui à une richesse encore plus grande de smileys que l’on appelle emoji : 😀 😃 😄 😁 😆 😅 😂… À cela, les services en ligne ont demandé aux designers d’ajouter des émotions encore plus riches avec des « stickers ».

Les émotions réelles VS les émotions de convention

Oui, les services numériques que l’on utilise nous permettent de ressentir des émotions et d’essayer de les exprimer au travers d’une palette plus ou moins riche – et parfois restreinte –  d’émotions. Oui, les smartphones comme l’iPhone nous poussent à utiliser des émojis à la place des mots en les remplaçant automatiquement (quel est le but recherché ? quels sont les effets à long terme sur notre système de pensée ou de communication ?). Là où la difficulté augmente c’est que nos émotions sont souvent complexes, elles sont rarement uniques et elles durent rarement longtemps. Il faut pouvoir les saisir, les comprendre avant même de les traduire avec le bon émoji. J’aimerais augmenter encore un peu la difficulté avec cette idée qu’il y a sur les interfaces numériques deux principales expressions émotionnelles :

  • L’expression émotionnelle que l’on arrive à saisir en vrai : un vrai rire physique à la lecture d’un message, un vrai sourire franc et massif, une vraie larme qui roule sur la joue,
  • L’expression émotionnelle de convention : le smiley qui indique que j’ai compris que c’était drôle, le smiley qui indique que j’ai compris qu’il s’agissait d’un moment triste, le smiley qui éclate de rire sans même que son émetteur n’ai a bouger les lèvres… etc.

Quel langage graphique pour nos émotions ?

Ma question est donc la suivante : comment peut-on différencier visuellement les expressions émotionnelles réelles (et donc ressenties) et celles fictives (et donc réfléchies) ? Peut-être avez-vous déjà jeté un œil sur l’écran de quelqu’un qui écrit des textos (moi oui je l’avoue !) et l’on y découvre souvent des rires, des larmes, des expressions de stupeur ou d’amour. Cependant, physiquement, la personne ne trésaille pas d’un sourcil, mieux, elle discute avec quelqu’un d’autre ou est en train de scroller son flux d’actus Facebook qui n’a rien à voir. Oui, cela m’arrive aussi : j’exprime souvent, sur les interfaces numériques, des émotions par convention, par habitude, par analyse mais pas avec les tripes, pas avec le cœur ni avec un ressenti réel, physique ou même psychologique.

Une seconde question me taraude : afin de distinguer les émotions ressenties de celles non-ressenties, faut-il enrichir notre langage émotionnel et visuel par un sous-texte ? Par d’autres représentations graphiques ? Par certains types de smileys ? Ou alors devrait-on créer une forme qui viendrait sur-exprimer certaines émotions numériques pour indiquer qu’elles sont ressenties réellement (comme parfois on le voit lorsque l’on prolonge une lettre : « loooooool » « mdrrrrrrrrrrrr ») ? Est-ce suffisant ?

Enfin, faut-il se forcer à exprimer de façon visuelle, uniquement les émotions que l’on a ressenti réellement ? Ou alors changer sa façon d’exprimer ses émotions en « hackant » un peu les choses, en refusant la pauvreté des représentations visuelles que les services et applications nous proposent et en créant son propre langage, un peu comme le faisait Cristina Vanko en répondant à tous ses SMS par des messages écrits à la main. Cette dernière piste, vous vous en doutez, me plait particulièrement.

Et comme à chaque fois que je me pose ces questions, je suis bien curieux d’avoir votre avis, votre regard sur les choses.




3 commentaires

  1. Par rapport au contraste entre l’émotion visible sur la personne qui écrit et le smiley, ce n’est pas forcément vrai : c’est assez fréquent de se mettre à sourire bêtement où à faire la moue devant son téléphone, comme par mimétisme avec le smiley qu’on est en train d’intégrer au message.

    Pour moi reste quand même le souci de ces images qui n’ont pas toujours la même apparence d’un téléphone à l’autre, ce qui fait que l’émoticône envoyée ne ressemble pas forcément à l’émoticône reçue (et donc ne communique pas forcément la même chose)…

    Sinon il existerait plein de solutions, par exemple avoir une certaine modularité dans les émoticônes pour pouvoir les « construire » pour exprimer quelque chose de plus près de ce qu’on ressent. Ou en générer d’une manière ou d’une autre.
    Ça m’est aussi arrivé de recevoir, au cours d’une conversation par SMS, une photo de mon interlocuteur mimant un visage surpris… Ne peut-on pas ici aussi parler de smiley ?

  2. Bonjour,

    Je ne peux que vous recommander les livres d’Antonio Damasio et notamment celui qu’il vient de publier: l’ordre étrange des choses.

    Bonne journée,

    Xavier


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