Certains appelleront ça du marketing, d’autres de la communication mal ciblée, personnellement j’appelle ça du gâchis. Hier, je partageais sur mon compte Twitter la photo de ce courrier que je venais de recevoir de la Caisse d’Épargne. Dans l’enveloppe, six documents dont :

  • une lettre
  • un ensemble de bons de réductions pour des magazines
  • une brochure pour un ordinateur gratuit
  • un flyer présentant l’ordinateur
  • un bon de commande pour recevoir l’ordinateur gratuit
  • une lettre T pour renvoyer un courrier

Du SPAM tangible

Bref, un gros SPAM, un pourriel comme on dit en français-québécois. Généralement, je soupèse l’enveloppe, en général je l’ouvre et je place tout dans la poubelle à papier sans lire quoique ce soit car je connais le but de ce courrier : me soutirer de l’argent. Mais hier soir, je me suis fendu d’un tweet et j’ai pu lire dans les réponses que d’autres personnes se sont désinscrites de leur banque pour ces mêmes raisons.

Du graphisme poubelle

Bref, cette nuit, j’ai réfléchi au temps et à l’argent dépensé pour ce genre d’opération poubelle. J’avais envie de dire aux graphistes qui travaillent sur ce genre de projet de ne plus faire cela puisque c’est du graphisme « poubelle », comprenez que même si les couleurs sont parfois bien choisies, même s’il y a un travail typographique (de piètre qualité), une mise en page, le détourage des logos, des magazines… tout ceci terminera à la poubelle. Du graphisme destiné à être irrémédiablement détruit et ignoré donc.

Cet exemple n’est pas le seul, chaque jour je reçois des courriers et publicités dans ma boîte aux lettres et tout cela part directement à la poubelle malgré le nombre d’heures de travail passées à fabriquer toute cette communication, toute cette publicité. Cela existe depuis des dizaines d’années évidemment, les gens collent des autocollants « Stop Pub » sur leur boîte aux lettres et Internet nous a habitué à la publicité bien mieux ciblée qui – potentiellement – nous intéresse (ça reste à prouver lorsque des sites m’affichent des pubs pour des casinos ou pour des voitures de luxe).

Un futur shadokien ?

Dans mon idéal, tous ces contenus ne devraient pas exister mais dans une optique de réalité, si les entreprises continuent comme cela,  je me dis qu’une intelligence artificielle (en ce moment, je lis souvent des choses sur le design assisté / réalisé par des IA), finira par remplacer ce travail inutile, stérile et vain. Il ne reste plus qu’à imaginer un futur totalement absurde mais qui arrivera peut-être :

  • Des algorithmes créeraient le graphisme de ces inutiles publicités
  • Des machines les imprimeraient automatiquement pour les mettre sous enveloppe
  • Des véhicules autonomes les transporteraient
  • Un robot viendrait placer ces enveloppes dans ma boîte au lettre
  • Mon robot anti-spam ferait le tri tout seul pour jeter les courriers qui sont inutiles pour moi
  • Un camion poubelle autonome viendrait récupérer ma poubelle de tri sélectif…

Vous le savez, le graphisme (numérique, imprimé, dans l’espace…) est à mes yeux quelque chose de fabuleux, parfois brillant, parfois maladroit, qu’importe, il adresse un message, une émotion, une idée, quelque chose de signifiant à un lecteur, un utilisateur, un citoyen, un humain… Ainsi, j’aspire à être vigilant quant à ce « graphisme poubelle », qui n’adresse plus rien ni personne à notre époque, et ce, au risque de donner du crédit à l’inutilité du métier de graphiste et à ceux qui pensent que nous pourront être remplacés par des algorithmes et ces fameuses « intelligences artificielles » dont tout le monde parle.




7 commentaires

      1. Salut,

        Je travaille dans une PME spécialiste du marketing relationnelle.

        On aide des sociétés à envoyer des sms / des E-mails ciblés, et aussi du courrier postal.
        Ce post m’a fait beaucoup sourire parce que l’autre fois justement, une société nous a demandé comment dans son datamart client elle pouvait gérer une demande de désabonnement de courrier postal.

        Dit-toi alors qu’une demande aussi anodyne que ton tweet a mis en branle toute une équipe de dev pour qu’on modifie les outils et pour prendre en compte le désabonnement des courriers postaux.

        Bref, tout ça pour dire qu’il y a de l’espoir 🙂

  1. ADL Partner, les marketeux spécialistes qui refourguent des abonnements de presse en gros via n’importe qui.
    Le problème est que ta banque n’est plus du tout une banque, mais un comptoir multi-service qui tente à tout prix de faire de l’argent là où elle n’est pas qualifiée pour le faire (assurance, vente de fleurs, smartphones, immobilier,…)

    Il devient plus qu’urgent d’obliger la banque de détail à ne faire que de la banque de détail et plus rien d’autre ! Vivement le GRDP !

  2. Bonjour Geoffrey,

    Je suis designer et directrice artistique, et j’ai travaillé dans une des agence qui a pour client ADLP qui conçoit ce genre de message. Je tenais à réagir car ayant été au coeur du processus de création de ce genre de documents, j’aimerais réagir en disant que :

    1 – Les graphistes salariés ne choisissent pas les projets sur lesquels ils travaillent, il arrive même qu’on leur impose. Cela ne les empêche pas d’essayer de proposer quelques chose de correcte et graphique, mais ce genre de message est régit par des codes marketing très précis et les messages sont souvent modifiés en maquette car le fait de faire trop « high level » trop quali, trop graphique, nuit à l’efficacité du message et ne touche pas la cible concernée car oui venant en au second point…
    2 – Contrairement à ce que tu penses croire, ces messages marchent, ADLP en créent depuis plus de 20 ans, par millions d’exemplaires. Et non seulement ils communiquent avec la Caisse d’Epargne mais je peux te dire qu’ils font de même avec toutes les autres banques du marché, même AMEX, même parfois d’autres entreprises comme Air France. Donc..
    3 – Changer de banque dans le but d’éviter ces courriers ne sert donc à rien.
    4 – Le monde du graphisme ne se limitent pas aux sites corporate de start-up d’objet connectés ou aux app météo trendy. Le marketing existe encore, c’est sale, c’est moche, mais ça marche, il faut s’y faire… et il y a des gens payés pour ça, pas toujours par choix. Il y a des gens payés pour détourer toute la journée les articles dans les fascicules de ton supermarché du coin.

    Donc oui les graphistes font de leurs mieux, mais ils ne sont pas maîtres de tout ce qui atterris dans vos emails ou vos boites aux lettres…

    1. Hello Jessica et merci pour ton témoignage 🙂

      1/ Oui les graphistes ne sont pas « coupables » car ils bossent et font ce qu’on leur dit. Certains cependant refusent de bosser dans des boîtes qui vont à l’encontre de leurs valeurs par exemple. À mes yeux – et ça n’engage que ma conviction – je pense que d’utiliser son savoir faire et son talent pour enrichir la machine ultra capitaliste c’est se tirer une balle dans le pied – ainsi que dans celui de toute notre profession. Mais c’est mon avis très personnel 🙂

      2/ Quand tu dis que « ces messages marchent » j’imagine que c’est du point de vue de l’entreprise et de l’agence marketing qui est derrière ? Je trouve qu’ils ne « marchent pas » car ils enrichissent l’annonceur en trompant les gens et en profitant de la naïveté des gens pour leur faire souscrire à des choses dont ils n’ont pas besoin.

      3/ Certaines personnes ont changé de banque pour des questions de tranquillité (pas de spam…) ou pour des questions éthiques (la NEF, le crédit coopératif)

      4/ merci pour ce rappel du monde du graphisme 🙂 C’est ce que je disais, il est vaste, large, sujet à de nombreuses pratiques qui ne se recoupent pas systématiquement et c’est pourquoi je suis touché que tu partages ta vision sur le marketing qui marche et sur le graphisme qui le sert. Enfin, sur ce dernier point je suis totalement d’accord avec toi : les graphistes ne sont pas maîtres de tout, et oui, on fait de notre mieux 🙂

  3. Je vais être un peu sec mais le graphisme poubelle est à l’image de la société qu’il sert. Les entreprises – en particulier les banques – ne dépenseraient pas d’argent si ces produits n’avaient pas de rendement. Je reste persuadé que même si l’entreprise a une part de responsabilité certaine dans ce type de communication agressive, le consommateur lui aussi doit prendre ces responsabilités et arrêter de se faire prendre perpétuellement de la même manière comme le poisson et l’hameçon. Ceux et celles qui sont nés-ées après les années 80 sont majoritairement hermétiques à ce genre d’approche mais la majorité de la population « apprécie » encore ce genre de format. Quand des gens prennent 1 a 2 heures pour répondre à ce genre de lettre dans l’espoir de gagner leur ordinateur, c’est qu’on a effectivement le graphisme qu’on mérite. Ce spam traditionnel joue son rôle socio-economique comme beaucoup d’autres choses sans intérêts pour certains mais pourtant interessantes pour d’autres. La publicité traditonnelle est loin d’être obsolète, ce genre de produit nous le rappelle indéniablement. Pour que ce genre de marketing cesse, il faut que le consommateur change radicalement sa façon de consommer. Trop peu d entreprises nous veulent du bien et c’est finalement à nous d’imposer nos conditions de consommation. Malheureusement, face à la masse, l’éthique trépasse. Il faut a notre échelle faire ce travail d’éducation à la consommation mais il faut se rendre également compte que nous sommes à la marge d’une masse zombifiée par le sensationnel. En attendant, vive l’étiquette « stop pub ». Et surtout, ne pas hésiter à envoyer une lettre à ta banque poiur leur dire de ne plus tenvoyer de courrier pub nominatif. Merci pour ce post.


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