Après avoir été informé par mon camarade Pierre Corre sur les 150 nouveaux emojis officiels qui rejoindront nos smartphones en 2018, je me suis dit qu’il serait intéressant d’en parler avec vous. Publiés par Emojipedia, l’encyclopédie officielle des emojis, ces 150 emojis viendront rejoindre les 2666 existants pour compléter notre langage numérique imagé. Dans ces nouveautés, il y a de nouvelles couleurs de peau, de cheveux, de type de cheveux, d’animaux mais aussi d’aliments, des superhéros (masqués forcément), etc.

Mais combien de couleurs de peau existe-t-il réellement ? Une infinité. À quoi ressemble un super héro ailleurs en Inde ? Au Congo ? En Bolivie ? Existe-t-il simplement les cheveux lisses et les cheveux bouclés ? Doit-on s’exprimer – et donc se définir – par des éléments binaires ou limités ? Où se situe la subtilité dans tout cela ? Je la cherche encore.

Vous le savez autant que moi, ces emojis offrent une vision totalement étriquée du monde : une vision occidentalo-centrée, certains diront américano-centrée, d’autres encore « siliconvalley-centrée », toujours est-il que c’est avec ce langage que nous autres, utilisateurs, que nos enfants et petits frères / petites sœurs apprennent à communiquer et communiquent au quotidien. Moi même j’utilise souvent des d’emojis (et des smileys à l’ancienne) mais, je vous l’avoue, ce sont souvent les mêmes.

Parfois, dans les conversations d’étudiants, j’entends employer des expressions, (à l’oral je précise) comme – « Smiley triste » ou encore – « Smiley cœur » qui est, semble-t-il une façon détournée d’indiquer une émotion ressentie en évoquant la culture du smiley.

Il y a quelques temps j’avais écrit un article au sujet de Facebook qui permettait à ses utilisateurs d’exprimer 6 autres émotions supplémentaires. Comme si on ne pouvait pas être heureux et triste à la fois, enthousiaste et angoissé, serein et débordant d’énergie. Récemment, j’écrivais aussi au sujet de nos émotions numériques réelles et fictives, et comment les dédifférencier.

Bref, cela me questionne et m’ennuie d’avoir à ma disposition un langage graphique de mauvaise qualité (on en parle plus bas) et qui m’impose une culture qui n’est pas la mienne (cela est un problème plus vaste des outils et services numériques développés souvent aux US dans la Silicon Valley, à ce propos je vous invite à lire Evgeny Morozov).

Les 150 nouveaux Emojis de 2018

Quand le graphisme parle de lui-même

Puisque l’on parle du design de nos mots-images, parlons graphisme. Je serais curieux de connaître la personne qui dessine ces emojis, parce que, quand même, avez-vous vu la tête de cet ours en peluche ? Et pourquoi sur ce ticket de caisse est écrit « Mega Save » mais que la facture s’élève quand même à plus de 170$ ?

On pourrait également aborder les articulations de ces animaux. C’est assez fou de laisser passer ce genre de choses.

Côté chaussure, on peut remarquer l’absence de perspective et d’effet de profondeur. En effet c’est « Flat ».

Et quelques autres détails comme les yeux géants des personnages, comme l’épilation des sourcils chez les femmes et les lèvres maquillées, comme les nez ronds que toutes ces images possèdent… sans oublier…

…cet incroyable (et horrible!) emoji qui nous rappelle sans doutes les vieux cliparts dont Microsoft avait le secret.

Ajoutons à cela que la semaine dernière Apple a déclaré que les emojis des applications tierces allaient être interdits. Intégrer des émojis dans une conversation sur Whatsapp restera possible mais les développeurs ne pourront pas remplacer le bouton avec le mot « like » par un simple émoji « coeur » par exemple. Un système qui se verrouille petit à petit et qui verrouille nos pensées.

À cela, je me dis que l’on retire une énorme part de subtilité, de complexité et donc d’intelligence humaine. Cette intelligence qui pourtant est bâtie sur les mots et les images, aussi nombreuses soient-elles et aussi complexes, belles et ambiguës soient-elles.

Vers un langage image centré sur les gens ?

Bref, si demain vous aviez le choix d’avoir vos propres mots-images, vos propres emojis, lesquels seraient-ils ? Lesquels garderiez-vous ? Auriez-vous des emojis qui correspondent plus à votre culture ? À votre histoire ? À une histoire commune ? À votre façon de vous exprimer ? En voudriez-vous encore plus ou au contraire toujours moins ?

Cela serait un beau projet de création collaborative que de créer les mots-images dont nous avons réellement besoin, envie, qui nous font autant sourire que rêver. En attendant, certains répondent aux SMS par écrit, et d’autres nous font frissonner rien qu’avec du papier découpé et un peu de lumière.




8 commentaires

  1. Sur un des aspects, le fait d’avoir proposé des couleurs de peau ou de cheveux différentes fait qu’un emoji au lieu de correspondre à personne et donc à tout le monde comme le jaune initial (je ne sais pas si les asiatiques le prenaient pour eux), devient plus précis, mais donc imparfait puisque les nuances sont infinies (à quand les coupes de cheveux, les couleurs de poils différents pour les différentes races de chats, etc.) et qu’en plus elles deviennent excluantes. C’est en tout cas comme ça que je les utilise. Jaunes pour rester neutre et universel, et coloré quand je veux apporter une précision qui de toute façon restera imparfaite.
    Pour les gouts et les couleurs par contre, on peut toujours le reprocher (la moto est bien moche), mais je n’ai aucune solution à proposer non plus.

  2. « Vous le savez autant que moi, ces emojis offrent une vision totalement étriquée du monde : une vision occidentalo-centrée, certains diront américano-centrée, d’autres encore « siliconvalley-centrée » »
    > Je pige pas cette phrase, qui pour moi totalement fausse. J’ai vécu en Asie, et les asiatiques utilisent les émojis bien plus qu’en occident, à tel point que c’est même pas comparable. Ce qui, je crois, explique le fait qu’une palanquée d’emojis ne soient que des caractères chinois, ou présentent des éléments de la culture asiatique (ceux sur la bouffe sont assez représentatifs je pense). Même le mot « emoji » est japonais !

    Et sinon je me suis justement fait à l’utilisation « à l’asiatique » des emojis, qui ajoutent une précision sur l’émotion qui englobe les mots qu’on transmet, qui sont eux surtout descriptifs. Après pour avoir des emoji personnalisés, il y a les stickers des diverses appli, mais j’arrive pas à m’y faire …

    1. Tu as raison, sur l’origine des emojis japonais, je n’ai aucun souci là dessus. J’aime beaucoup les emojis et surtout s’ils peuvent aborder des cultures ou des curiosités différent. Le propos de l’article est qu’il s’agit d’un diktat graphique pauvre et qui ne correspond pas culturellement à nos usages… 🙂

  3. Pour ma part, je trouve que le plus gros nawak des émojis a été d’ajouter une palette de couleur à ceux pour représenter les personnes / émotions

    À l’origine on avait juste la couleur jaune et c’était très bien, personne sur terre n’ayant cette teinte jaune vive c’était un excellent choix d’origine pour n’exclure personne donc inclure tout le monde.

    Si il y a des émojis à mettre aux oubliettes pour moi ce sont toutes les émojis de couleurs non-neutre.

  4. Je rejoins Arkeen, attention à ne pas faire de pas faire de raccourcis avec l’origine des entreprises qui conçoivent les produits/applications sur lesquelles nous utilisons les emoji et l’origine des emoji. Un autre exemple pour illustrer que la culture japonaise est très ancrée dans les emoji : le symbole 🔰 (beginner).

    Le texte écrit dans des situations de mobilités ou d’attention réduite (typique du smartphone et du chat) est très souvent direct et peu expressif, l’appui de figures représentant l’émotion qui l’accompagne est, je trouve, plutôt enrichissant.

    Le fait qu’Apple interdisent les emoji tierces était attendu : limiter les « libertés » par soucis de cohérence et/ou de sécurité est dans leurs habitudes. Si on y réfléchit, sur MSN on pouvait en ajouter autant qu’on voulait mais ce n’est pas le cas sur Facebook, on n’a pas parlé d’appauvrissement pour autant.

    J’ai l’impression que c’est la même crainte que pour le « langage sms » à son apogée. Les jeunes ne savent plus écrire.
    https://www.youtube.com/watch?v=v11B3LgkNPA

    Quand aux personnes qui utilisent les expressions « Smiley tristes », ce sont les mêmes qui disaient « yolo » ou « mdr » à l’oral il y a 2-3 ans. Ce n’est pas un appauvrissement du langage mais plutôt l’expression de codes communs. Comme l’argot à une certaines époques ou certaines formulations venant d’un pays/région d’origine.

    Ce qu’il faut craindre d’avantage c’est la difficulté à exprimer ses émotions, aussi bien dans le sens de savoir les ressentir que dans le sens de pouvoir les exprimer. De plus j’ai l’impression que de plus en plus on est amené à devoir les réprimer pour ne pas exposer de faiblesses et cela souvent par convention (les poker-face du métro…). C’est ce genre de choses qui génère une frustration et qui peut à la longue nous détacher de l’empathie qui nous rend humain (au sens d’humanité).

    1. Merci, je partage bien ton avis également 🙂 Je ne fais pas de raccourcis entre le concept de l’emoji (oui, c’est bien japonais), j’aborde surtout le fait que cela réduit terriblement notre langage et que si aujourd’hui les emojis sont de couleurs différentes avec des cheveux bouclés, des roux, etc. C’est – à mon humble avis – bien parce qu’il s’agit d’une pensée puritaine et de la Silicon Valley que de tout cela vient. Ensuite, concernant l’emoji en lui-même, comme le langage SMS, je trouve ça utile, intéressant et fascinant à certains égards – Mais cela modifie nos usages sur le langage et donc sur la communication et donc sur notre culture. En ce sens, la diversité d’un écosystème assure sa pérennité (principe de base de la vie & de la biologie) et la pauvreté de ce langage m’accable parfois. Cela vient sûrement aussi de moi, j’en veux toujours plus, plus divers, plus riche (de sens), plus varié, plus fou aussi 🙂


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