Ce midi une question importante me taraude au travers de cette table d’un type nouveau imaginé par le designer Bram Boo. Cette table  nommée « Salsa »sera présentée au cours de la prochaine Biennale de design de Courtrai, en Belgique. La caractéristique majeure de cette de table est d’être un ensemble de chaises/bancs conçus pour quatre personnes avec quatre iPad intégrés. Chaque utilisateur se trouve ainsi dans une direction différente mais tous avec un iPad sous les yeux… (suite de la réflexion en bas de mon article ;-)

Un tel dispositif symbolise le lieu collectif ainsi que la lecture… donc pourquoi pas la bibliothèque (municipale par exemple, ou un CDI). Imaginons qu’avec ce dispositif, les livres soient numérisés, qu’ils soient accessibles plus facilement (nul besoin de chercher parmis les étagères), qu’ils soient également téléchargeables, que l’écran puisse offrir un réel confort de lecture (il y a encore du travail), qu’un tel lieu puisse être également connecté à toutes les autres bibliothèques pour partager leurs ouvrages (voire à Google Books), imaginons aussi le gain de temps et de moyens grâce à ces dispositifs ou encore la possibilité à cent ou dix mille personnes d’emprunter le même livre sans pour autant en priver quelqu’un d’autre. Imaginons tout ceci. Alors certes, il n’y aurait plus le touché du livre, son odeur, la main du papier, la couleur ne serait plus la même, certes, les ouvrages numérisés ne seraient pas conçus au départ pour être lus sur écran, des choses que je trouve primordiales mais imaginons qu’il serait toujours possible de retrouver l’ouvrage si l’objet a une importance au travers de l’information.

Je suis le premier à collectionner les livres, anciens, beaux, rares, chers, cependant, je me demande comment les générations futures (et les jeunes générations actuelles), réagiront lorsqu’elles se retrouveront face à des bibliothèques ou des CDI totalement numériques. Est-ce que les jeunes & futures générations auront un intérêt dans l’objet livre ou peut-être qu’avec la diversité des support, peut importe la source ou le medium, seule le contenu comptera ? Allez savoir.

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22 commentaires

  1. C’est une question très intéressante que tu poses là. Avant d’ajouter ma réponse, j’aimerais souligner le fait que je trouve l’esthétique de cette table vraiment très réussie ! Ce qui est dommage, c’est que l’on est contraint à rester dans une position qui pourra s’avérer inconfortable au bout de quelques temps.

    Je pense que les bibliothèques et les CDI tout numériques sont inévitables, principalement car les économies engendrées seraient considérables. Cependant, je ne suis pas persuadé qu’il s’agisse d’une bonne chose.

    Je lis beaucoup, et principalement sur format numérique depuis la démocratisation des lecteurs numériques (notamment le Sony PRS-505 et l’iPad). Ce n’est pas une question de préférence, mais une question de pratique. Tout d’abord, l’accès au contenu est quasi-instantannée d’où que je me trouve. Deuxièmement, peu importe le nombre ou l’épaisseur du livre que je transporte, l’encombrement sera toujours le même et déterminé par celui de mon lecteur. Pour quelqu’un qui passe beaucoup de temps dans les transports en commun, c’est l’idéal.

    Alors oui, le numérique c’est génial, mais j’aime aussi les objets. Quand un livre que j’ai lu sur support numérique me plaît vraiment (cela concerne principalement les romans), j’ai tendance à acheter également sa version papier. Je pense que c’est un moyen d’exprimer une sorte de respect pour l’oeuvre, chose que le numérique à tendance à supprimer. Il m’arrive de ressentir ce besoin pour la musique aussi, mais beaucoup moins fréquemment. Pour quelqu’un qui n’a pas envie d’encombrer son domicile tout en exprimant sa personnalité, c’est plutôt idéal. Je vois donc le livre en tant qu’objet physique devenir quelque chose à collectionner et que l’on est fier de montrer plutôt que quelque chose que l’on « consomme » comme aujourd’hui.

    Concernant les générations futures, la question est tout d’abord de se demander s’ils auront encore un intérêt pour la lecture comme on la connaît aujourd’hui ou si tout ce qui sera simplifié au maximum prendra le dessus (je fais allusion au contenu que l’on peut trouver sur Internet).

  2. Le design est très réussi. En amateur de design, je tire mon chapeau !

    Mais quelques remarques :
    Je passe toute la journée ou presque devant un écran lumineux, j’aime bien me taper des pauses lectures papier encre. Si je dois passer encore plus de temps devant un écran plat, je crois que les migraines ophtalmiques seront quotidiennes 😉
    Et puis je suis un puriste du livre, j’ai besoin des feuilles, d’encre, de papier un corné et de fouiner dans des bibliothèques à la recherche DU livre, j’ai besoin d’écrire à côté d’une phrase : « ça c’est une phrase choc !! A retenir »… je suis définitivement traditionnaliste ^^

  3. Personnellement, j’ai un avis un peu différent :

    – D’une part, d’un point de vue design, et sans aborder le côté « hype » de l’iPad, je trouve ça terrifiant. En gros, quelqu’un vient d’inventer la table de bibliothèque qui nous protège du risque de croiser le regard de quelqu’un d’autre. On ne peut pas s’agglutiner autour d’une table, ou prendre toute la place quand il n’y a personne. Elle est conçue pour prendre quatre personne, leur accorder un quart de l’espace total, et les faire regarder chacun dans une direction. En terme d’individualisation et de refus de l’échange, ça me donne froid dans le dos.

    – Ensuite, pour les questions sur les livres, le numérique a évidemment cette capacité de nous donner accès à beaucoup de choses. Difficile de faire le tri, de trouver une information vraiment fiable sur internet, mais quand on potasse la bibliographie à la fin d’un ouvrage intéressant, on pourra un jour, grâce à Google Books et d’autres services similaires, mettre la main sur des ouvrages souvent introuvables de nos jours.
    Mais je lis actuellement un passionnant ouvrage d’entretiens de Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, et ce qu’ils rappellent tous deux, c’est que le numérique ne s’est pas encore avéré un support fiable de conservation. Que les supports d’il y a quinze ans sont illisibles de nos jours, que les serveurs ne résisteront pas à une panne générale d’électricité, et qu’en gros, comme toutes les civilisations, nous partons simplement du principe que nous ne nous effondrerons jamais. Sauf que si un jour nous disparaissons, comme ça a été le cas des autres avant nous, il subsistera certainement nos livres de papier, et pas leurs homologues numériques.

  4. Défenseur du papier dans l’âme, je ne peux qu’accueillir cette news avec un peu d’appréhension. Je rejoins Josselin dans sa remarque sur l’immatérialité des livres qui poseras sûrement un gros problème dans l’avenir*

    J’attire aussi votre attention sur l’aspect écologique de la chose (oué c’est mon cheval de bataille). De nos jours, l’empreinte carbone d’un livre est moindre que celle d’une liseuse numérique. Alors ok, on peut mettre plus de livres dans un objet comme ceci, mais si toute la planète s’équipe de ce genre de chose… Sachant que la déforestation du monde à lieu justement pour creuser des mines et des carrières pour extraire des minéraux précieux pour construire Ipad / Kindle / & autres serveurs et non pas pour produire de la pâte à papier.

    Bref, je n’ai rien contre la technologie au contraire, je suis un geek assumé mais j’ai envie dire : Attention ! Que les hommes ne s’emballent pas trop vite à choisir le « tout numérique » à l’avenir. Ca risque de nous perdre…

    * A ce propos, il faut lire absolument la BD du Usbek & Rica n°1 qui traite exactement de ce sujet. Le pitch : Dans l’avenir tout à été centralisé sur de gros serveurs, tout est dématérialisé, et un pirate informatique a pénétré dans le système et a tout effacé…Pour la suite, il faut lire la BD 😉

  5. Pour fréquenter souvent les médiathèques et bibliothèques je dois dire que cela me trouble comme projet… J’aime le fait de se balader à travers les niveaux et les allées à la recherche d’un livre. Bien souvent en allant chercher un livre bien particulier on tombe sur des ouvrages satellites susceptibles d’alimenter nos recherche et dont on aurait jamais soupçonner l’existence car mal référencé ou un peu hors-sujet… De plus j’adore l’ambiance qui règne dans ces lieux, et le bruit des pages qui tournent (différents suivant les papiers raides, souples, glacés, journaux, etc.). En revanche comme certain je ne suis pas trop collectionneur du livre, cela dépend… Je conserve les livres critiques et les beaux-livres, mais les romans circulent et se prêtent.

    Voilà tout ça pour dire que je ne suis pas pour remplacer le bon vieux codex au profit d’une technologie qui n’est pour l’instant utilisé qu’en superficie (mise à part quelques expérimentation très intéressante).
    Cette mode du livre numérique (ou électronique, il faudrait se décidé sur la terminologie cela dit en passant) est un peu comme celle de la 3D pour les films. On ne fait que transposer grossièrement des œuvres d’un médium à l’autre. Or comme Mc Luhan nous le fait si bien comprendre «Medium is message» et je pense qu’il ne faut pas toucher à ce qui a été réalisé pour être dévoilé dans un codex (et tout le phénomène narratif qu’il suggère) mais plutôt de créer une nouvelle manière de narrer les choses à travers cet outil, ou de l’allier au livre existant (Ipad complément objet direct du livre ?).

    Je vous laisse et continu de penser que le codex (sans être conservateur) à encore de beaux jours devant lui, encore faut-il considérer le livre autrement et avec plus de considération que jamais lors de sa réalisation…

  6. Je suis partagé quand au succès de ce genre de dispositif pour notre génération « hybride », qui a vécu l’avènement de ces technologies avec du recul mais suffisamment de fraicheur pour y être totalement perméable. J’estime avoir de la chance d’en faire parti, et d’avoir en quelques sortes le choix.
    J’envisage l’achat d’un Kindle, mais je ne sais pas vraiment pourquoi, je n’emprunte même pas de livres à la Médiathèque car j’aime conserver les ouvrages que je lis, ma bibliothèque est sans doute l’élément le plus important (en terme d’attachement sentimental) de mon intérieur.

    Ce qui me tarde le plus, c’est de voir l’impact qu’aura ce genre de dispositif sur des générations nés dans l’écran, l’interactif, et forcément moins sensibilisées au papier… Je n’arrive pas à m’imaginer ce que deviendra le livre pour les générations pour lesquelles le manuel scolaire aura totalement disparu.

    Impatient!

  7. Intéressant mais pensez-vous que cela soit utile plus de quelques années ?

    Il me semble que la présence des tablettes en bibliothèque vaut pour les quelques années de transition, celles durant lesquelles il faut faire connaître aux lecteurs ces nouveaux outils.

    Dans quelques années, chacun aura sa tablette (ou alors, cela aura fusionné avec le téléphone portable) et cela est très bien car cela me semble un outil foncièrement individuel : dès lors, leur présence en bibliothèque sera sans doute assez limitée.

  8. La remarque est revenu plusieurs fois (ici ou sur d’autres news) mais il est vrai que chez moi, la pièce dont je suis le plus fière est mon salon avec une grande bibliothèque remplis de livres. Parfois, je reste debout devant elle et je contemple ma collection de San Antonio 😳 (roman policier de Frédéric Dard pour les non-connaisseurs).

  9. Bonjour,

    Tous les avis semblent se rejoindre. La modernité fait peur et pas seulement dans le monde culturel. La France est très traditionaliste. C’est loin d’être un défaut mais cela nous empêche d’avancer. Les pays du nord de l’Europe avance. J’aime les livres, je les collectionne. Assez septique en ce qui concerne le livre numérique je me rends compte que c’est l’avenir. Je souhaite être bibliothécaire. La vision que j’ai de ce travail, qui est avant tout une passion pour les livres, se change quelque peu. Les bibliothèques est le coeur, le poumon d’une société. Un lieu de rencontre et de partage qui ne perdra pas avec le numérique. Á nous de s’en servir à bon escient. En faire quelque chose de ludique. Il faut penser à la nouvelle génération. Les livres leur font peur, attirés par les résumés, les récits courts. Le numérique peut plus facilement attirer leur attention ne serait-ce que par l’outil utilisé. Un ordi, des pièces adéquates. Désacraliser la biblkothèque. Être traditionel et moderne à la fois. Les livres ne sont pas prêts de disparaitre et j’en suis moi-même soulagé. Nous devons mettre en scène l’information. Le téléphone portable peut être un tremplin. Les jeunes font tout avec leur téléphone. Ils lisent la presse sur internet, font des recherches. Notre métier ne s’éteint pas loin de là, il évolue et j’aime beaucoup. Maintenant, ça reste un choix politique. À Helsinki la bibliothèque est moderne mais comment faire dans les bibliothèques rurales? Est ce un projet réalisable? Rien ne sert de refaire les façades des biblio pour les rendre moderne si à l’intérieur ça reste vieux. Les pensèes, le lieu doivent être modernes.

    Voici mes réflexions.

    Bien à vous

  10. Bonjour,

    c’est drôle comme la plupart des commentaires se focalisent sur les Ipad, Kindle et consorts et pas sur ce design de table…

    Le concept est intéressant, quoique peu adaptable… Il y a des fenêtres dans les bibliothèques ou les CDI (dans d’autres lieux aussi d’ailleurs…), et qui dit fenêtres dit reflets (même avec les néons). Et quand on a des reflets sur un écran que l’on ne peut pas bouger… qu’est ce qu’on fait ?
    Et puis la position de l’Ipad force le lecteur à lire la tête vers le bas, le dos courbé… j’imagine les courbatures et les mal de dos après 1h sur cette table…
    Et si on veut s’affaler sur le siège et mettre l’Ipad à la verticale ?

    Autant, je suis persuadé que le jour où ces appareils coûteront moins chers et où les livres numériques coûteront moins chers ca sera un vrai succès, autant forcé les gens dans une position de lecture, c’est pas l’idéal…

    Attention un vrai succès ne veut pas dire l’éradication totale des autres supports de lecture. Ce n’est pas qu’une nouvelle technologie arrive qu’on oublie les précédentes…
    On continue à utiliser HTML, malgré les arrivées de Flash et Java… on continuera à lire des livres papiers ET des livres sur tablettes électroniques à mon avis…

  11. hey there!

    comme beaucoup je trouve l’esthétique de cette table assez sympa (même si a mes yeux le blanc reste très impersonnel )
    c’est créatif et intéressant, c’est une avancée mais ça reste relativement simple.

    le support papier est destiné a se raréfier avec le temps, ne serait-ce que pour des raisons écologiques, faut faire des concessions et celle-ci me semble être un bon début!

  12. Bel objet, mais j’y vois quelques problèmes d’ordre pratiques :
    1) Ça a déjà été dit, mais lire sur écran des choses longues, c’est chiant. Peut-être envisager une mutation du concept avec un combo tablette/page eInk à la Kindle ? La tablette servirait pour la navigation et l’affichage des contenus multimédias, la feuille eInk pour le texte.

    2) Quand on travaille en bibliothèque, on a souvent besoin de consulter plusieurs ouvrages à la fois, ou en tout cas en succession rapide (ouvrages de référence, dictionnaires…).

    3) De la même façon, travailler en bibliothèque, ça veut dire prendre des notes, que ça soit sur un PC personnel ou même à la main, à l’ancienne. Vu le positionnement de la tablette, je vois mal où il est possible de poser un bloc-note d’une taille raisonnable.

    Commentaire Xposté sur owni

  13. Joli, intéressant ! quelques suggestions d’améliorations :

    Possibilité de faire pivoter les Ipad à 360 degrés (support mobile, pas infaisable).
    Dossiers amovibles pour nos pauvres colonnes vertébrales.
    Esthétiquement je serai plus sur la courbe que sur l’angle.
    Un peu de couleur ?

    En perspective pourrait servir de base à une reconception du mobilier pédagogique « magistral » qui sévit encore dans les écoles (du primaire à l’université)…et aboutir à quelque chose de plus « Montessori » dans l’esprit, qui concrétiserait une tendance marquée à la socialisation des apprentissages recourant aux supports numériques…avec la possibilité pour les chercheurs d’étudier l’utilisation de ces ressources comme des phénomènes de cognition située et distribuée…qui sait dans 10 000 ans ?


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