Depuis janvier 2018, je vous partage mon année d’apprentissages, après le bois, la coutellerie, la permaculture j’ai commencé a prendre des cours particuliers de LSF, autrement dit de « langue des signes française ». Un apprentissage de longue haleine et sur lequel je voulais vous partager mes premières impressions avec mon regard de designer.

Pourquoi la LSF ?

Tout a commencé comme souvent, par un émerveillement. Il y a un an, j’ai vu une amie dont les jeunes enfants n’étaient pas encore en âge de parler. À table, c’est très naturellement que les petits signaient pour communiquer quelques petites choses simples avec leur maman « à boire, à manger, j’ai mal, etc.» J’ai compris qu’il s’agissait ici d’une façon très expressive de communiquer et de transmettre autrement que par un apprentissage verbal (pour rappel, j’ai travaillé deux ans en tant que chercheur en design sur un projet dont la thématique était la communication émotionnelle et non verbale). Cet émerveillement rejoignit l’estime que j’ai pour les interprètes qui prennent soin d’exprimer en direct les conférences que je donne parfois ou encore les workshops que je réalise (je me souviens un workshop de deux jours, les pauvres, elles étaient deux à se relayer pour suivre tout ce que je racontais. Je leur avais promis de faire attention à ma parole, pour ne pas être confus ou ne pas parler trop rapidement non plus). Mais derrière les signes, il y a des histoires, un savoir-faire et surtout des expressions corporelles et faciales que j’ignorais totalement.

Je me suis donc mis en tête de commencer à apprendre la LSF. Et je dis bien « commencer » car j’ai vite compris c’est un chemin qui est sans fin, que l’on peut apprendre la LSF tout sa vie. 

Mes premiers pas

Tout d’abord j’ai cherché où et comment apprendre sachant que je n’ai pas un énorme budget et pas toujours assez de temps. J’ai donc pris soin d’éplucher le web et je suis tombé sur une super prof qui vient à mon atelier me donner une à deux heures de cours régulièrement. Pour ne rien vous cacher, j’avais clairement peur car communiquer d’humain à humain sans aucune parole, je ne savais vraiment pas le faire, c’est plutôt troublant et inhabituel. Mais je me suis lancé et j’ai donc commencé à prendre mes premiers cours.

La première sensation c’est que c’est épuisant. Tout d’abord faut observer les gestes, essayer de les comprendre, puis les reproduire. Observer, en tant que designer, on doit savoir faire ça et pourtant, certains signes sont très précis, la posture du coude, du doigts, le mouvement de celui-ci, etc. Le second élément c’est de reproduire en miroir. En effet, lorsque ma prof signe, je dois inverser dans ma tête le signe pour reproduire l’exacte signe mais à l’opposé. Cette petite gymnastique n’est pas non plus évidente. Ensuite, je me suis pris de passion à essayer de comprendre les signes. Certains s’expliquent d’eux même comme lorsque l’on parle d’une nationalité (les égyptiens, les inuits, etc.) d’un animal (un chat, un oiseau, etc.) ou encore de politiques (le Pen, Asselineau, Lasalle, etc.) mais d’autres sujets sont bien plus abstraits comme les couleurs par exemple.

Quels sujets ai-je abordé ?

J’ai commencé évidemment avec les salutations d’usages mais surprise, je n’ai pas pu me présenter par mon prénom : il me fallait un signe ! En effet, il faut quelques temps pour identifier une caractéristique qui décrit la personne et c’est cette caractéristique qui sera le prénom de la personne. Pour ma part, ma prof a décidé que ce serait « celui qui dessine des affiches ». Nous avons ensuite étudié quelques verbes puis très vite, des sujets sur lesquels le design a besoin de signes : la représentation des formes, les couleurs, la fabrication, etc. Nous avons aussi beaucoup échangé sur les voyages, les pays, les cultures.

La langue des signes est différente selon les pays.

Le design et la LSF

Ces deux derniers mois ont été pour moi une façon de créer des ponts entre le design et la LSF. Lors de mon apprentissage sur les formes et la description d’une scène, d’une image, j’ai fait le lien entre la façon dont on « pense » quand on design quelque chose. À savoir : il faut penser, l’usage principal, la fonction, puis ensuite aller dans le détail, la forme. En LSF c’est pareil. Quand on décrit un objet, on décrit son usage avant même de parler de sa forme. Puis quand on décrit sa forme, on est très précis, comme dans le design. On décrit soit en deux dimensions (avec les doigts), soit en trois dimensions (avec les mains), on décrit l’épaisseur, la hauteur, les proportions sont également hyper importantes. On décrit un peu comme on dessinerait. Alors, même si c’est facile de décrire la forme d’une boîte, je vous invite à essayer de décrire par le geste, la forme d’un objet bizarroïde qui se situe sur votre bureau, vous verrez, c’est tout de suite plus difficile. L’autre aspect qui me plait beaucoup c’est le fait d’essayer de comprendre une description. Si vous avez déjà joué à « dessiner c’est gagner », vous vous rappelez peut-être que le cerveau passe son temps à faire des allers et retours entre les premières lignes du dessin et votre imagination qui tente de compléter ce dessin. En LSF, c’est un peu pareil, sauf qu’il vous faudra mémoriser au fur et à mesure la description gestuelle que votre interlocuteur vous fait et ainsi créer une image mentale.

Pour parler de design, j’ai également rencontré l’association Signe de Sens. C’est l’asso qui s’occupe du dictionnaire en ligne Elix (le plus complet, à ma connaissance), et on a échangé sur leur prochain projet web à destination du grand public et pour la diffusion de la LSF de façon encore plus large.

Pour une curiosité sans fin…

Tout comme les précédents apprentissages, je vais tâcher de poursuivre cela avec rigueur et curiosité, tout en tissant des liens avec mon métier de designer et je verrai bien où tout cela me mène. En tous les cas, si vous aimez les échanges, la gymnastique du cerveau et surtout : apprendre, je ne peux que vous conseiller de vous plonger sur ce passionnant apprentissage qu’est la Langue des Signes Française. 

N’hésitez pas à suivre également la chaîne Youtube de MélanieDeaf, c’est génial, accessible et elle aborde des sujets très différents.

À vous de jouer maintenant !


Image de Cover signée EquiCom




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